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Tome troisième.
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DE MILORD MARÉCHAL. 699

n’eût aucun goût pour le mariage, d’épouser cette veuve infortu-née ; il lui assurait environ sept mille livres de douaire , dont elledevait jouir étant mariée, comme si elle eût été veuve. Ce.douaire précoce, disait-il, est d'autant plus juste, qu’avec unmari tel que je prétends l’être, elle doit jouir d’avance de tousles honneurs et prérogatives du veuvage. En effet, non-seule-ment il n’exigeait d’elle cpie le simple nom dlépoux, mais il eûtrejeté toute autre condition ; et quoique la société de cette femmepût lui promettre un intérieur agréable, il avait stipulé qu’ellene changerait pas même de demeure, ni lui non plus, tant ilcraignait de gêner la liberté réciproque de l’un et de l’autre. Ilaurait, non pas consommé , mais contracté cet honnête et sin-gulier mariage, si le roi ne l’en avait dispensé, en acquittantl’espèce de dette qu’il s’était imposée par un motif si noble , etque dès lors ce grand prince regarda comme la sienne. Il satisfitles créanciers du mari, et donna à la veuve une pension lionnêtepour subsister avec sa famille.

Lorsqu’en présence de milord Maréchal on parlait de quel-qu’un qui se trouvait dans la misère et ne méritait pas d’y être ,il prenait, sans en rien dire, des mesures efficaces pour lui fairesentir les effets de sa bienfaisance; et ces mesures.étaient d’au-tant plus secrètes, qu’il avait d’abord semblé peu attentif au dé-tail touchant qu’on lui avait fait. Il savait proportionner ses bien-faits à l’état et à la situation de ceux qui les recevaient, et tâchaitsurtout, autant qu’il était possible , que les malheureux qu’il as-sistait.ignorassent la main qui essuyait leurs larmes; car il sen-tait vivement, et son cœur le lui avait trop bien appris , combienl’indigence doit être respectée quand elle se trouve jointe à l’é-lévation des senlimens; et il craignait surtout d’affliger et de flé-trir par l’humiliation les âmes honnêtes dont il soulageait l’in-fortune.

Il avait tant d’ordre dans sa dépense, tant d’éloignement dufaste , et une économie si bien entendue , que jamais il ne setrouvait hors d’état de satisfaire aux charités imprévues et pres-santes. Les dissipateurs, écrivait—il à ce sujet, ne sont pas di-gnes d’être charitables ; ce qu’ils consument en vaincs dépenses,est dérobé aux malheureux, souvent même à leurs créanciers ;leurs aumônes, s’il.? en font, sont alors' une injustice, .et ilsn’exercent une vertu qu’aux dépens d’une autre.

Toujours dirigé par le motif si louable de savoir exactementce que sa situation lui permettait de consacrer aux besoins del’indigence , il donnait avec bien plus de plaisir qu’il ne prêtait,car souvent l’expérience lui avait fait connaître qu’il donnait cequ’il croyait prêter, et qu’il s’en fallait bien qu’en trompant ainsi