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Le goût qu’on a pour vous ne tient pas seulement à vos agré-mens extérieurs ; il lient surtout à ceux de votre esprit et devotre caractère. Votre esprit plaît et doit plaire par bien desqualités ; par l’excellence de votre ton, par la justesse de votregoût, par l’art que vous avez de dire à chacun ce qui lui con-vient.
L’excellence de votre ton ne serait point un éloge pour unepersonne née à la cour, et qui ne peut parler que la langue qu’ellea apprise : en vous c’est un mérite très-réel, et même très-rare :vous l’avez apporté du fond d’une province, où vous n’avieztrouvé personne qui vous l’enseignât. Vous étiez sur ce pointaussi parfaite le lendemain de votre arrivée à Paris, que vousl’étes aujourd’hui. Vous vous y êtes trouvée dès le premier jour,aussi libre, aussi peu déplacée dans les sociétés les plus brillanteset les plus difficiles , que si vous y aviez passé votre vie ; vous enavez senti les usages avant de les connaître, ce qui suppose unejustesse et une finesse de tact très-peu communes, une connais-sance exquise des convenances. En un mot, vous avez deviné lelangage de ce qu’on appelle bonne compagnie , comme Pascaldans ses Provinciales avait deviné la langue française , qui n’é-tait pas formée de son temps, et le tonde la bonne plaisanterie,qu’il n’avait pu apprendre de personne dans la retraite où il vi-vait. Mais comme vous sentez parfaitement que vous avez cemérite , et même que ce n’est pas en vous un mérite ordinaire,vous avez peut-être le défaut d’y attacher trop de prix dans lesautres : il faut bien des qualités réelles pour vous faire pardonnerà ceux qui ne l’ont pas; et sur cet objet assez peu important,vous êtes impitoyable jusqu’à la minutie.
Oui, mademoiselle , la seule chose sur laquelle vous soyez dé-licate , et délicate au point d’en être quelquefois odieuse , ici jesuis comme madame Bertrand dans la comédie du Moulin deJavelle , et je vais d’abord aux invectives, parce qu’il est ques-tion de défendre mes propres foyers , c’est votre excessive sensi-bilité sur ce qu’on nomme le bon ton dans les manières et dansles discours ; le défaut de cette qualité vous paraît à peine elfacépar le sentiment le plus tendre et le plus vrai qu’on puisse vousmarquer : mais en récompense , il est des hommes en qui cettequalité supplée auprès de vous à toutes les autres ; vous les trou-vez tels qu’ils sont, faibles , personnels, pleins d’airs, incapablesd’un sentiment profond et suivi, mais aimables et pleins degrâces , et vous avez la plus grande disposition à les préférer àvos plus fidèles, à vos plus sincères amis ; avec un peu plus desoins et d’attention pour vous , ils éclipseraient tout à vos yeux,et peut-être vous tiendraient lieu de tout.