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Tome troisième.
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:3o AUX MANES

Mais pourquoi ai-je ignoré moi-même la peine que vous éprou-viez de ne pouvoir me parler de vos maux ; pourquoi n’ai-je pasété au-devant de votre confiance, et prévenu par toute la miennel’épanchement où vous désiriez de vous abandonner avec moi ?J’ai vingt fois été au moment de me jeter entre vos bras, et devous demander quel était mon crime ; mais j’ai craint que vosbras ne repoussassent les miens que j’aurais tendus vers vous.Votre contenance , vo lS discours, votre silence même , tout sem-blait me défendre de vous approcher. Je me flattais quelquefoisde vous rappeler par mes larmes ; mais le triste état de votremachine souffrante et détruite , me faisait craindre même devous attendrir. Pendant neuf mois j’ai cherché le moment devous dire tout ce que je souffrais et tout ce que je sentais ; maispendant neuf mois je vous ai toujours trouvée trop faible pourrésister à la triste peinture et aux tendres reproches que j’avais àvous faire. Le seul instant où j’aurais pu vous montrer à décou-vert mon âme abattue et consternée, a été l’instant funeste où,quelques heures avant de mourir, vous m’avez demandé ce par-don déchirant, dernier témoignage de votre amour, et dont lesouvenir cher et cruel restera toujours au fond de mon cœur.Mais vous n’aviez plus la force ni de me parler, ni de m’enten-dre ; il a fallu , comme Phèdre , me priver de mes pleurs, quiauraient troublé vos derniers momens, et j’ai perdu sans retourl’instant de ma vie qui m’eût été le plus précieux ; celui de vousdire encore combien vous m’étiez chère , combien je partageaisvos maux , combien je désirais de finir avec vous les miens. Jepaierais de tout ce qui me reste à vivre cet instant que je neretrouverai plus , et qui en vous montrant toute la tendresse demon cœur, m'aurait peut-être rendu toute celle du vôtre. Maisvous n’êtes plus ! vous êtes descendue dans le tombeau, persuadéeque mes regrets ne vous y suivraient pas ! Ah! si vous m’aviezseulement témoigné quelque douleur de vous séparer de moi ,avec quelles délices je vous aurais suivie dans l’asile éternel quevous habitez 1 Mais je n’oserais pas même' demander à y être misauprès de vous . quand la mort aura fermé mes yeux et tari meslarmes ; je craindrais que votre ombre ne repoussât la mienne, etne prolongeât ma douleur au-delà de ma vie. Hélas ! vous m’aveztout ôté, et la douceur de vivre, et la douceur même de mourir.Truelle et malheureuse amie, il semble qu’en me chargeant del’exécution de vos dernières volontés, vous ayez encore voulu ajou-ter à ma peine. Pourquoi les devoirs que cette exécution m’impo-sait, m’ont-ils appris ce que je ne devais point savoir, et ce quej’aurais désij'é d’ignorer? Pourquoi ne m’avez-vous pas ordonnéde brûler, sans l’ouvrir, ce manuscrit funeste, que j’ai cru pouvoir