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Tome troisième.
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AUX MANES

pour adoucir aux autres les maux de la vie , fût le tourment et lede’sespoir de la vôtre? pourquoi, lorsque je vous donnai mon por-trait , il y a un an , avec ces vers si pleins de tendresse,

Et dîtes quelquefois, en voyant cette image :

De tous ceux que j’aimai, qui m’aima comme lui !

pourquoi n’y avez-vous pas vu tout ce que j’e’tais encore pourvous, tout ce que je voulais être? pourquoi n’avez-vous trouvédans ces vers que de la bonté, et ne les avez-vous loués que par cemot cruel? mais surtout, pourquoi n’avez-vous cru trouver quedans la mort le bonheur et la tranquillité ? Hélas ! s’il reste en-core quelque chose de vous, puissiez-vous jouir de ce bonheurque votre vie m’a fait goûter si peu , et que votre mort m’a faitperdre pour jamais! Vous me faites éprouver , ma chère Julie ,que le plus grand malheur n’est pas de pleurer ce qu’on aimait,mais de pleurer ce qui ne nous aimait plus, et ce que pourtanton ne peut pjus retrouver. Hélas ! j’ai perdu avec vous seize ansde ma vie ; qui remplira et consolera le peu d’années qui merestent? O vous, qui que vous soyez, qui pourriez sécher meslarmes , dans quel endroit de la terre êtes-vous? j’irais vouschercher au bout du monde. Ah! quelque part que vous exis-tiez, si je suis assez heureux pour que vous existiez quelquepart, entendez mes soupirs, voyez mou cœur, et venez à moiou m’appelez à vous. Délivrez-moi de la situation accablante oùje suis, de l’affretix abandon qui me fait dire à chaque momentque je rentre dans ma triste demeure : Personne ne m’attend etne m’attendra plus. Tout ce qui s’offre à moi, ne sert qu’à merendre m»solitude plus amère. Tout ce que je vois, tout ce queje rencontre, a un premier objet, un attachement qui occupeet remplit sa vie ; et moi je n’en ai plus , je n’ose plus même enespérer : il n’y a plus de place pour moi dans le coeur de per-sonne. Ah! ma pauvre nourrice, vous qui avez eu tant de soinde mon enfance , qui m’avez mieux aimé que vos propres en-fans ; vous avec qui j’ai passé vingt-cinq années , les plus doucesde ma vie; vous que j’ai quittée pour obéir à un sentiment plustendre; vous que j’aurais dû ne quitter jamais; vous que j’aiperdue à quatre-vingt-douze ans ; pourquoi n’existez-vous plus !j’irais demeurer avec vous ; j’irais fermer vos yeux, ou mourirentre vos bras ; et j’aurais du moins encore, pendant quelquesmomens , la consolation de penser qu’il est quelqu’un au mondequi me préfère à tout le reste. Et vous, ma chère et cruelleamie , car je ne puis m’empêcher de revenir toujours à vous,et mon sentiment m’entraîne au moment même où je crois quele vôtre me repousse ; vous qui m^avez dédaigné après m’avoir