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Tome troisième.
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SUR LA TOMBE, etc. ;35

elles ne veulent ou ne peuvent m’offrir qu’un sentiment froid etvulgaire, une amitié qui suffirait peut-être au bonheur d’unautre , mais qui ne ferait que tourmenter et affamer mon âmeactive et dévorante ! Ignoraient-elles, pour leur bonheur ou pourleur malheur, que l’amour, comme le dit l’Ecriture, est fortcomme la mort; que ce sentiment doux et terrible repousse toutce qui n’est pas lui, et plus encore tout ce qui voudrait en tenirla place ; que dans un cœur qui en est aussi pénétré (ÿie le mien,même lorsqu’il n’a plus d’objet, la simple amitié est une affectionbien languissante , et que celle qu’on lui offre est presque unoutrage. Ah! le véritable amour est sans doute bien caractérisépar ce vers charmant du Tasse :

Brama assai , poco spera, e nulla chiede.

Desire, a peu d’espoir, et ne demande rien.

Mais moins il espère , moins il demande ; plus il s’offense ets’afflige quand on lui offre autre chose que ce qu’il désire etqu’il n’a plus. Que dis-je, et de quoi puis-je me plaindre! Cescréatures douces , honnêtes et sensibles à qui je raconte mespeines, et qui veulent bien les entendre et les sentir, me don-nent tout ce qu’elles peuvent me donner, et plus encore que jen’ai mérité d’elles; si j’étais assez heureux pour qu’elles éprou-vassent à mon égard ce sentiment qui ferait mon bonheur, pour-quoi se refuseraient-elles au plaisir si doux de me le montrer ,à celui de prononcer ces mots célestes, Je vous aime , les seulsqu’aujourd’hui jedésire d’entendre dans la nature devenuesourdéet muette pour moi? Quelle différence de ce plaisir divin aupetit manège de la coquetterie, et .aux froids ménagemens de laréserve, si indignes d’un cœur fait pour aimer. Ah ciel! quelledouceur une âme aimante eût répandue sur des jours qui nevont plus être remplis que d’amertume ! avec quelle tendresse .quel abandon , quel respect, quelle délicatesse , elle aurait étéaimée ! Mais où m’égare une vaine illusion? Ah ! si aucunecréature ne prononce pour moi ces mots, Je vous aime , c’est,qu’aucune ne les sent pour moi. Eh , malheureux que je suis !pourquoi les sentirait-elle? de quel droit, à quel titre oserais-jel’exiger ou l’espérer? Je ne saurais trop me redire ces mots dela romance d’Aspasie, que je relis tous les jours:

Si réclamez sa douce fantaisie.

Elle dira : Que ne l'inspirez-vous !

Et ce qui rendra mon malheur éternel , je n’espère plus re-trouver dans aucun autre cœur ce que j’avais obtenu quelquesmomens du votre. La cruelle destinée qui nie poursuit dès ma