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Tome cinquième.
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AVEC VOLTAIRE.

est incomparable , et au-dessus de tout ce qu’elle a jamais été.En vérité , elle mériterait bien de votre part quelque monumentmarqué de reconnaissance. Vous avez célébré Gaussin qui ne lavaut pas ; vous lui devez au moins une épître sur la déclamation,sur l’art du théâtre , sur ce que vous voudrez , en un mot ; maisvous lui devez une statue pour la postérité. Vous saurez de plusqu’elle est philosophe; qu’elle a été la seule , parmi ses cama-rades , qui se soit déclarée ouvertement contre la pièce de Pa-lissot; qu’elle a pris grande part au succès de VEcossaise , quoi-qu’elle n’y jouât pas; qu’enfin elle est digne, à tous égards, d’unpetit souvenir de votre part, tant par ses talens que par sa ma-nière de penser.

L’abbé d’Olivet, qui ne lit qu’Aristophane et Sophocle, allavoir votre pièce , il y a quelques jours, sur tout ce qu’il en en-tendait dire. Il prétend que , depuis défunt Roscius, pour lequelCicéron plaida, il n’y a point eu d’actrice pareille ; elle fait tour-ner toutes les têtes, non pas dans le sens de l’abbé Trublet, maisdu bon côté. J’écrivais ces jours-ci à son amant qu’elle finiraitpar me mettre à mal, et que

Si non pertœsunt cunni penis< juefuisset,

Unie uniforsan polui succumbere culpœ.

Je vous ai écrit, il y a quelques jours, pour vous recomman-der un homme d’esprit et de mérite , M. le chevalier de Mau-dave. Vous aurez bientôt une autre visite dont je vous préviens ;c’est celle de M. Turgot, maître des requêtes, plein de philoso-phie , de lumières et de connaissances , et fort de mes amis , quiveut aller vous voir en bonne fortune ; je dis en bonne fortune ,car, propter metum judæorum, il ne faut pas qu’il s’en vantetrop, ni vous non plus. Adieu , mon cher et grand philosophe.

8 octobre 1760.

Je m’attendais bien , mon cher et grand philosophe, que vousseriez content de l’Indien que vous ai adressé, et qui brûlait d’en-vie d’aller prendre vos ordres pour les Bramines. A l’égard demon discours , maître Aliboron, votre ami et le mien, n’en apas pensé comme vous. Il ne l’a ni lu ni entendu; et en consé-quence il vient de faire deux feuilles contre moi, que je n’aiaussi ni lues ni entendues , et dans lesquelles je sais seulementque vous avez votre part. Il prétend que , si votre siècle a desbontés pour vous , la postérité ne vous promet pas poires molles ,et il vous met au-dessous de tous les poètes passés , présens et àvenir , depuis Homère jusqu’à Pompignan. J’ai hésité si je vous