74 CORRESPONDANCE
annoncerais crûment cette humiliation ; mais je veux être l’es-clave de ces triomphateurs romains, et vous apprendre à nepas mettre au pilori, comme vous avez fait, l’honneur de la lit-térature française.
Je ne sais pas si les comédiens ont cassé bras et jambes à Tan-crède ; mais je sais que , pour un roué , il avait encore très-bonnegrâce. Au reste, je suis bien aise de vous apprendre encore,car je veux absolument vous humilier aujourd’hui, que l’onrépète à cette occasion ce qu’on a dit régulièrement à cha-cune de vos pièces , que vous n’avez encore rien fait d’aussifaible ; il est vrai qu’on dit cela les yeux gros, et cela doit essuyerles vôtres.
Vraiment je vous félicite de tout mon cœur de la conquêteque vous venez de faire à la vigne du Seigneur. Depuis levoyage de la reine de Saba , il n’y en a point de plus édifiant quecelui de ce bon gentilhomme qui fait cent cinquante lieues pourêtre bien sûr que deux et un font trois ; il est vrai quevous étiez faitplus que personne pour lui persuader que trois ne font qu’un ;car il a dû voir que vous en valiez bien trois autres.
Je ne doute point quevous ne conserviez précieusement le dieuque M. de Maudave vous a apporté des Indes Ces gens-là sontplussensés que nous ; nous avons fait notre dieu d’une gaufre ; lesIndiens vont, comme Bartholomée , droit au solide.
Priapum
Maluit esse deum.
C’est celui-là qu’on peut bien appeler Dieu le père.
Je passe à Boileau d’avoir parlé en vers de sa perruque , maisje ne lui passe pas de s’être donné là-dessus les violons. La poésie,quoi qu’il en dise , ne doit se permettre qu’à regret les petits dé-tails qui ne valent pas la peine qu’ils donnent ; elle est faite pourexprimer de grandes choses, nobles et vraies. Si vous ne pensiezpas comme moi, je dirais que vous avez fait, comme M. Jour-dain, de la prose sans le savoir.
Oui , en vérité, vous devez une épître à mademoiselle Clai-ron, et je ne vous laisserai point en repos que vous n’ayez ac-quitté cette dette. Je vous permets, pour vous mettre à votreaise , d’y parler de tout ce qu’il vous plaira, même de votreperruque ; et s’il vous en faut encore une autre, je vous aban-donne celles de Pompignan, Fréron et Trublet, que vous avezdéjà si bien peignées.
C’ctait un lingarn ou phallus , très-réveré dans l’Inde. C’est l’instrumentqui distingue le dieu Priapc, et qui était egalement honore chez les Romains,comme l'emblème de la génération.