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Tome cinquième.
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8a CORRESPONDANCE

Me voilà presque aussi en train de vous citer des vers queM. le théologien Martin Kahle qui vous en citait tant de mau-vais , pour vous prouver que ce monde ridicule était le meilleurdes mondes possibles. Laissons là et Martin Kahle et Pompi-gnan , et parlons de Corneille.

Nous avons relu vos remarques sur Cinna, et vous avez dûrecevoir la réponse de l’Académie,sur vos nouvelles critiques.Voulez-vous que je vous parle net comme le Misanthrope, etsur la pièce et sur vos remarques? Je vous avouerai d’abord quela*pièce me paraît d’un bout à l’autre froide et sans intérêt;que c’est une conversation en cinq actes , et en style tantôt su-blime , tantôt bourgeois , tantôt suranné ; que cette froideur estle grand défaut, selon moi, de presque toutes nos pièces dethéâtre ; et qu’à l’exception de quelques scènes du Cid, du cin-quième acte de Rodogune, et du quatrième d ’Hc'raclius, je nevois rien, dans Corneille en particulier , de cette terreur et decette pitié qui fait l’âme de la tragédie. Si je suis si difficile ,prenez-vous-en à vos pièces, qui m’ont accoutumé à cherchersur le théâtre tragique de l’intérêt, des situations et du mouve-ment. Si je suivais donc mon penchant, je dirais que presquetoutes ces pièces sont meilleures à lire qu’à jouer ; et cela est sivrai, qu’il n’y a presque personne aux pièces de Corneille, etmédiocrement à celles de Racine ; mais ce n’est pas le tout d’a-voir raison, il faut être poli; il faut donc.de grands ménage-mens pour avertir les gens qu’ils s’ennuient et qu’ils n’osent ledire.

A l’égard de vos raisonnemens et des nôtres sur les remordsde Cinna qui, selon vous , viennent trop tard , et qui selon nousviennent assez tôt, ce sont là , ce me semble , de ces questionssur lesquelles on peut dire le pour et le contre sans se convain-cre réciproquement. Je voudrais donc, sans prétendre que vousayez tort, car le diable m’emporte si j’en sais rien , je voudraisque vous ne fissiez aucune critique qui fût sujette à contradic-tion , et que vous vous bornassiez aux fautes évidentes contre lethéâtre ou la grammaire , vous aurez encore assez de besogne.Croyez-moi, ne donnez point de prise sur vous aux sots et auxmalintentionnés , et songez qu’un vivant qui critique un morten possesion de l’estime publique , doit avoir raison et demiepour parler , et se taire quand il n’a que raison. Voyez commeon a reçu les pauvres gens qui ont relevé les sottises d’Homère ;ils avaient pourtant au moins raison et demie, ces pauvres dia-bles-là; et le grand tort de La Mothe n’a pas été de critiquerY Iliade, mais d’en faire une.

Réservez donc , mon cher maître , les vessies de cochon au