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Tome cinquième.
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io4 CORRESPONDANCE

ses ennemis: cependant il y a , dit-on, vingt-quatre jésuitesà Versailles; ce sont les vingt-quatre vieillards des Provincialesou de Y Apocalypse, comme il vous plaira. Le parlement neles y voit pas de bon œil , et se propose, dit-on, dès qu’ilsera rentré, d’enfumer les terriers où se sont accroupis ces re-nards, ou plutôt ces vieux lapins, car ils ne sont plus guèrerenards. L’abbé Chauvelin sera dans cette chasse le basset àjambes torses.

Eh bien , que dites-vous de la paix? et croyez-vous, pour lecoup, que votre ancien disciple s’en tire? Ce serait un grandmalheur pour la philosophie que la maison d’Autriche , encoresuperstitieuse , fût la maîtresse de l’Allemagne, où la vigne duSeigneur ne laisse pas de fructifier. On dit que pour dédom-mager la maison de Saxe, qui a bien l’air de payer les frais,on donnera un évêché en France ou en Allemagne au princeClément; ce sera une maison crossée et mitrée. A propos deceux qui la crûssent, avez-vous des nouvelles de la czarine? Ona mis, dans le Journal encyclopédique , une lettre où on parledes propositions qu’elle a eu la bonté de me faire. Les journa-listes ont ajouté une note où ils disent, assez mal-à-propos,que je suis aussi cher à la France qu’à la Russie ; je crois bienêtre cher à quelques Français qui me le sont aussi; mais cherà la France, tout me prouve que je n’ai pas l’honneur de l’être.

Je vois, par ce que vous me mandez, que nous ne tarderonspas à avoirle Corneille. N’oubliez pas dele louer beaucoup quandil est sublime; et quand il est rabâcheur, faites-le sentir sansle dire : vous y gagnerez et l’art y gagnera , parce que vousdirez vrai et ne blesserez personne. Je vous félicite, au surplus ,de tous les plaisirs dont vous jouissez ; je ne doute point, sur ceque vous m’en dites , de la bonté de vos acteurs; je crois pour-tant que vous aimeriez bien autant Clairon et Préville, si vousles aviez. On vient de m’apporter le billet d’enterrement dupauvre Sarrazin, que vous m’avez entendu si bien contrefaire.Vous pourriez me dire comme Phèdre :

Seigneur, il n’est point mort, puisqu’il respire en vous.

A l’égard de l’infâme , si les dégoûts qu’on lui donne conti-nuent , il ne sera pas nécessaire de lui arracher le masque , iltombera de lui-même; en tout cas , je crois trop dangereux del’arracher, mais très-bien fait de le décoller peu à peu. Plusfait douceur que violence.

Adieu, mon cher et illustre philosophe, portez-vous bien,moquez-vous de tout, et même des méchancetés qu’on veutvous faire, et aimez-moi comme je vous aime. Je vous em-