AVEC VOLTAIRE. io5
brasse de tout mon cœur. Je serai bien content de voir Olympierégénérée , et je crois qu’elle en avait besoin : il n’y a que Can-dide au monde qui puisse trouver que tout soit bien&eæs, l’ouvragedes six jours. J’ai bien entendu parler de ce Dictionnaire deshérésies dont vous ne me dites qu’un mot, et j’ai grande enviede le voir ; la mine est précieuse et abondante.
Paris, 12 janvier 1768.
Il est vrai, mon cher et illustre maître, que je n’aimeles grands que quand ils le sont comme vous, c’est-à-dire pareux-mêmes, et qu’on peut vraiment se tenir pour honoré deleur amitié et de leur estime; pour les autres , je les salue deloin , je les respecte comme je le dois, et je les estime comme jepeux. Je ne dis pas cependant que , si j’avais comme vous lebonheur d’avoir des terres et le malheur d’avoir affaire à desintendans , je ne fusse très-reconnaissant envers le ministrequi me délivrerait de l’intendant, et qui affranchirait mes terres ;
Mais pour moi, Dieu merci, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu,
dit Despréaux. J’ajoute, et je ne dis ni bien ni mal des gens enplace , pourvu que je conserve la mienne , qui est trop petitepour incommoder personne, et pour faire envie aux intendans.
S’il est vrai que le duc de Choiseul ait protégé la comédie desPhilosophes , et qu’en même temps il rende à la philosophie(peut-être sans le vouloir) le bon service de la délivrer des jé-suites , la philosophie pourra dire de lui ce que Corneille disaitdu cardinal de Richelieu:
Il m’a fait trop de bien pour en dire du mal,
Il m’a trop fait de mal pour en dire du bien-
Au surplus, si vous voulez savoir mon tarif, je trouve qu’unphilosophe vaut mieux qu’un roi, un roi qu’un ministre, unministre qu’un intendant, un intendant qu’un conseiller, unconseiller qu’un jésuite, et un jésuite qu’un janséniste ; et qu’unami comme vous vaut mieux que tout cela pris ensemble.
En vérité, on a eu bien de la bonté à Versailles de jugerenfin , à force de discernement, que vous n’aviez pas écrit unelettre insolente et absurde: il est vrai que, dans ce pays-là ,on dit à toutes les sottises qui se font : c’est la philosophie ;comme Crispin dit : c’est votre léthargie. Savez-vous que c’est àla philosophie que ces messieurs imputent nos disgrâces? Il est