AVEC VOLTAIRE. 119
ment qui va, dit-on, être dénoncé ; et on ajoute que l’auteurpourrait aller à la conciergerie, si le roi n’aime mieux l’envoyerà la Roque. En attendant, le parlement travaille à de belles re-montrances sur l’affaire de M. Fitz-James ; ils prétendent que celasera fort beau , et qu’ils pourront dire du gouvernement, commeM. de Pourceaugnac : II me donna un soufflet, mais je lui disbien son fait.
Que dites-vous du nouveau contrôleur-général ? Auriez-vouscru , il y a six ans , que les jansénistes parviendraient à la tetedes finances ? Comme ils se connaissaient en convulsions , on acru apparemment qu’ils seraient plus propres à guérir celles del’État, et à empêcher les Anglais de nous donner une autre foisdes coups de bûche. Et du cardinal de Bernis , qu’en pensez-vous ? Croyez-vous qu’après avoir fait le poëme des QuatreSaisons, il revienne encore à Versailles faire la pluie et lebeau temps 1 L’éclaircissement, comme dit la comédie, nousÉclaircira ; et moi j’attends tout en patience , sûr de me mo-quer de quelqu’un et de quelque chose , quoi qu’il arrive.
Je n’ai point eu, depuis quelque temps, des nouvelles devotre ancien disciple. Dieu veuille qu’il envoie les jésuites alle-mands prêcher et s’enivrer hors de chez lui !
Adieu , mon cher maître ; envoyez-moi tout ce que vousferez ; car j’aime vos ouvrages autant que votre personne. Mé-nagez vos yeux et votre santé , et continuez à rire aux dépensdes sots et des fanatiques. Marmontel engraisse à vue d’ocil,depuis qu’il est de l’Académie ; ce n’est pourtant pas pour labonne chère qu’on y fait.
Paris, as février jyfij.
JE crains, mon cher et illustre maître , que votre frère et dis-ciple Protagoras ne vous ait contristé par ce que vous appelezses cruelles critiques. Quoique vous m’assuriez que mes lettresvous divertissent, je suis encore plus pressé de vous consoler quede vous réjouir. Je vous prie donc de regarder mes réflexionscomme des enfans perdus que j’ai jetés en avant sans m’embar-rasser de ce qu’ils deviendraient, et surtout d’être persuadé queces enfans perdus n’ont été montrés qu’à vous , pour en fairetout ce qu’il vous plaira, et leur donner même les étrivières s’ilsvous déplaisent. Permettez-moi cependant, toujours sous lesmêmes conditions, d’ajouter deux ou trois réflexions , bonnesou mauvaises, à celles que je vous ai déjà faites. Les Juifs, celtecanaille bête et férocej, n’allcndaient que des récompenses tem-