120
CORRESPONDANCEporelles , les seules qui leur fussent promises : il ne leur étaitdéfendu ni de croire, ni d’attaquer l’i ni mort ali té de l’âme, dontleur charmante loi ne leur parlait pas. Cette immortalité étaitdonc une simple opinion d’école , sur laquelle leurs docteursétaient libres de se partager, comme nos vénérables théologiensse partagent en scotistes , thomistes , mallebrancliistes , des-cartistes, et autres rêveurs et bavards en istes. Direz-vous pourcela que ces messieurs sont tolérans , eux qui jeteraient si vo-lontiers dans le même feu calvinistes, anabaptistes , piétisles,spinosistes, et surtout philosophes, comme les Juifs auraient jetéPhilistins, Jébuséens , Amorrhéens, Cananéens, etc., dans unbeau feu que les Pharisiens auraient allumé d’un coté , et lesSaducéens de l’autre ? Juifs et chrétiens , rabbins et sorbonnisles,tous ces polissons consentent à se partager entre eux sur quel-ques sottises ; mais tous crient de concert haro sur le premierqui osera se moquer des sottises sur lesquelles ils s’accordent.C’est une impiété de ne pas convenir avec eux que Dieu esthabillé de rouge , mais ils disputent entre eux si les bas sont dela couleur de l’habit.
J’ai bien peur, ainsi que vous , mon cher et illustre confrère,qu’on ne puisse faire un traité solide de la tolérance , sans ins-pirer un peu cette indifférence fatale qui en est la base la plussolide. Comment voulez-vous persuader à un honnête chrétiende laisser damner tranquillement son cher frère? Mais, d’unautre côté, c’est tirer la charrue en arrière, que de dire lemoindre mot d 'indifférence à des fanatiques qu’on voudraitrendre tolérans. Ce sont des enfans médians et robustes qu’il nefaut pas obstiner, et ce n’est pas le moyen de les gagner quede leur dire : Mes chers amis , ce. nest pas le tout que d’êtreabsurde , il faut encore n’être pas atroce. La matière est doncbien délicate, et d’autant plus que tous les prédicateurs de latolérance , parmi lesquels je connais même quelques honnêtesprêtres, quelques évêques qui ne les désavouent pas, sont véhé-mentement suspectés, comme disent nosseigneurs du parlement,et plusieurs atteints et convaincus de celte maudite indifférencesi raisonnable et si pernicieuse. Mon avis serait donc de faire àces pauvres chrétiens beaucoup de politesses , de leur dire qu’ilsont raison , que ce qu’ils croient et ce qu’ils prêchent est claircomme le jour, qu’il est impossible que tout le monde ne finissepar penser comme eux ; mais qu’attendu la vanité et l’opiniâ-treté humaine , il est bon de permettre à chacun de penser cequ’il voudra , et qu’ils auront bientôt le plaisir de voir tout lemonde de leur avis; qu’à la vérité il s’en damnera bien quelquesuns en chemin jusqu’au moment marqué par Dieu le père pour