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Tome cinquième.
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123 CORRESPONDANCE

sais si je me trompe, mais il me semble , à en juger par bien depetites circonstances, que depuis la mort d’une certaine dame,qui n’aimait pourtant pas les philosophes , le parti jésuitiquecommence à revirer tant soit peu de bord, à la vérité insensi-blement , et comme le père Canaye , par un mouvement de fesseimperceptible. Si ce mouvement de fesse allait en s’accélérantcomme la chute des graves , la pauvre philosophie se trouveraitune seconde fois dans le margouillis dont Dieu et vous la vouliezpréserver. Erf attendant, il faut (Ju’elle se tienne à la fenêtre,pourvoir la fin de tout ceci, sans pourtant se refuser le plaisirde jeter de temps en temps quelques pétards aux passans quilui déplairont, lorsqu’elle n’aura point à craindre que cettemiévreté la fasse mettre à l’amende. A propos, on m’a prêté cetouvrage attribué à Saint-Evremont, et qu’on dit de du Marsais,dont vous m’avez parlé il y a long-temps : cela est bon , mais letestament de Meslier, par extrait, vaut encore mieux. On m’aparlé aussi d’un dictionnaire {le Dictionnaire philosophique) oùbeaucoup d’honnêtes fripons ont rudement sur les oreilles ; jevoudrais bien qu’il me fût possible d’en avoir un exemplaire.Si vous connaissiez l’auteur, vous devriez bien lui dire de m’enfaire tenir un par quelque voie sûre ; il peut être persuadé quej’en ferai bon usage. Eh bien ! voilà pourtant les Calas qui vrai-semblablement gagneront tout-à-fait leur procès , et tout celagrâce à vous. Messieurs les pénitens blancs devraient bien rougird’être si noirs. Adieu , mon cher philosophe ; vous ne me parlezjamais de madame Denis? est-ce qu’elle m’a entièrement ou-blié? Je voudrais bien vous aller embrasser, mais j’ai un estomacqui me joue d’aussi mauvais tours que si je l’obligeais à digérertout ce qui se fait et tout ce qui se dit en France.

Paris, 29 août, ou auguste, ou sextile 1764, commeil vous plaira.

ou s recevrez, mon cher et illustre maître, presque en mêmetemps et peut-être en même temps que cette lettre, par le ca-nal du frère Damilaville , un ouvrage intitulé : Sur le sort dela poésie en ce siècle philosophe, avec d’autres pièces de litté-rature et de poésie , dont je recommande l’auteur à vos bontés.C’est un de mes amis nommé Chabanon, de l’Académie desbelles-lettres, qui est digne par ses talens et son caractère de vousintéresser. Je crois que vous serez content et de l’ouvrage et dela lettre qu’il y a jointe , et je compte assez sur votre amitiépour moi, pour espérer que vous voudrez bien l’étendre jus-qu’à lui.