AVEC VOLTAIRE. 127
à ce qu’on m’a assuré, répandait sourdement que vous lui aviezfait faire des propositions de paix. J’ai prétendu que , si vouslui en aviez fait, c’était apparemment comme Sganarelle en faità sa femme après l’avoir bien battue. En attendant, maître Ali—boron est allé faire les délices de la cour de Deux-Ponts, et ila laissé ses feuilles à fabriquer, pendant son absence , à quelquessous-marauds qui sont à sa solde ; on prétend même qu’il vales quiLter tout-à-fait pour être bailli ou maître d’école dansquelque village d’Allemagne. On assure aussi que le duc deDeux-Ponts , son digne ami et protecteur, qui a joué un rôlesi brillant dans la dernière guerre à la tête des troupes de l’Em-pire , doit l’emmener à la cour de Manlieim qui se prépareà le fêter beaucoup , et qui apparemment a oublié l’honneurque vous avez fait, il y a quelques années, au maître de lamaison.
Ce sont, je crois , de plates gens que tous ces petits princi-piaux d’Allemagne , et je me souviens que quand le roi dePrusse me demanda si, en retournant en France , je m’ar-rêterais dans toutes ces petites cours borgnes, je lui répondisque non, parce que quand on vient de voir Dieu, on ne se soucieguère de voir S. Crê.pin.
Savez-vous que je viens de recevoir de l’impératrice de Russieune lettre qui devrait être imprimée et affichée dans la salle duconseil de tous les princes ? elle me dit ces propres paroles : Ondevrait faire dans tout gouvernement éclairé une loi qui défendeaux citoyens de s’entre-persécuter, de quelque façon que ce soit...Les guerres de plumes qui, en décourageant les talens, détruisentle repos des citoyens sous le misérable prétexte de quelque
différence d'opinion, sont aussi détestables que minutieuses .
Vous médités, ajoute-t-elle, que le Nord donne des leçons auMidi ; mais d’où vient donc que vous autres'peuples du Midi,passez pour si éclairés , si les règles les plus naturelles et lesplus simples n’ont pas encore pris racine chez vous ? ou est-cequ’à force de raffinement elles vous ont échappé ? Connue ellevient de réunir au domaine de la couronne tous les biens duclergé, elle ajoute très-plaisamment : Chez nous on respecte trople spirituel pour le mêler au temporel, et celui-ci se prête à sou-lager l’autre des vanités qui lui sont étrangères. Avouez , moncher philosophe, que tous les princes et princesses , sans en ex-cepter le duc de Deux-Ponts , ne sont pas aussi avancés ; mais ,comme dit très-bien la sainte Écriture, Yesprit souffle où il veut.Je ne sais de quel côté le vent va souffler pour la philosophie.Voilà déjà des parlemens qui concluent à garder les jésuites,j’ai bien peur que ce ne soit enterrer le feu sous la cendre. Je 11e