>68 CORRESPONDANCE
longue cela ne peut produire tout au plus que le rire sardonique,qui est la grimace de ceux qui meurent de faim.
J’ai envoyé à Marmontel votre petit billet qui sûrement luifera plaisir. La censure de la Sorbonne se fait toujours attendre ;ce sera sans doute un bel ouvrage. A propos , je trouve que leneveu de l’abbé Bazin ne l’a pas suffisamment vengé ; il dit pres-que autant de mal du capitaine Bélisaire que des censeurs duroman. Je lui recommande encore une foisles Cogé, Ribalier etcompagnie ; et je le prie de leur donner si bien les étrivières,qu’il n’y ait plus à y revenir : cette canaille a grand besoin qu’onlui rogne les ongles. Je voudrais que vous vissiez les deux ou troisphrases qu’ils ont retranchées dans le discours de 3VI. de La Harpe.Par exemple, en parlant de l’autorité du clergé, qu’il faut, ditl’auteur , renfermer dans de justes bornes , ils ont mis dans sesjustes bornes. Au lieu du mot juger le clergé, ils ont mis répri-mer les excès ; ils ont retranché principes cruels ; et la phrasesuivante , porterez-vous encore long-tems le fardeau des vieilleserreurs? Je voulais rétablir ces phrases à l’impression , mais laplupart de nos confrères ont cru plus prudent de n’en rien faire,pour ne pas compromettre l’Académie. Avec cette prudence-là ,on recevrait, sans mot dire , cent coups de bâton. Adieu , mouçher maître ; portez-vous bien , et surtout riez.
Paris, 14 auguste 1767.
Les philosophes, mon cher et illustre confrère, doivent êtrecomme les petits enfans ; quand ceux-ci ont fait quelque malice,ce n’est jamais eux, c’est le chat qui a tout fait. Je crois très-ingénument que Y Ingénu n’existe pas ; je ne le croirai que leplus tard que je pourrai ; mais enfin , si on me le montre et queje trouve cet Ingénu tant soit peu malicieux, je dirai que c’estle neveu ou le chat de l’abbé Bazin qui en est l’auteur.
A propos d’ingénu, avez-vous lu un livre qui a pour titreThéologie portative, et dans lequel ou dit ingénument auxprêtres de toutes les sectes leurs vérités? C’est une espèce dedictionnaire dont les articles sont courts, mais oh il y en a ungrand nombre de très-plaisans et de très-salés ; c’est encore quel-que chat qui a fait cette malice.
Yoilà une lettre que Marmontel m’envoie pour vous la faireparvenir. On dit que la belle censure de la Sorbonne va enfinparaître, et qui plus est, le mandement du révérendissime pèreen Dieu Christophe de Beaumont. On ajoute que la censure dela Sorbonne contenait douze à quinze pages contre la tolérance ;