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Tome cinquième.
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ï go ' CORRESPONDANCE

temps entièrement de votre avis sur Athalie. J’ai toujoursregardé cette pièce comme un chef-d’œuvre de versification, etcomme une très-belle tragédie de collège. Je n’y trouve niaction, ni intérêt; on ne s’y soucie de personne, ni d’Athaliequi est une méchante carogne, ni de Joad qui est un prêtreinsolent, séditieux et fanatique , ni de Joas même que Racinea eu la maladresse de faire entrevoir, en deux endroits , commeun méchant garnement futur. Je suis persuadé que les idées dereligion dont nous sommes imbus dès l’enfance contribuent,sans que nous nous en apercevions , au peu d’intérêt qui sou-tient cette pièce; et que si on changeait les noms, et que Joadfut un prêtre de Jupiter ou d’Isis, et Athalie une reine dePerse ou d’Egypte , cette pièce serait bien froide au théâtre.D’ailleurs , à quoi sert toute cette prophétie de Joad , qu’à fairelanguir l’action qui n’est pas déjà trop animée? Je crois engénéral, et je vais peut-être dire un blasphème , que c’estplutôt l’art de la versification, que celui du théâtre , qu’il fautapprendre chez Racine. J’en connais à qui je donnerais un plusgrand éloge , mais ils n’ont pas l’honneur d’être morts.

On dit que vous êtes malade , mon cher ami, et on ajoute quevous avez du chagrin pour une cause qui me paraît bien juste.Je ne saurais croire que cette cause soit réelle ; si par malheurelle l’était, elle me rappellerait la belle tirade de la péroraisonpro Milone, qui commence par ces mots : Hiccine virpatriœnatus, etc.

Le contrôleur-général est, dit-on , bien embarrassé pourtrouver de l’argent; Dieu le père n’en trouverait pas. Hippo-crate, Esculape et toute l’Ecole de médecine ne rétabliraientpas un malade qui se donnerait tous les jours, à dîner et àsouper, une indigestion. Ce sera le cas de la France, tantqu’on n’y connaîtra pas l’économie. Adieu mon cher maître ; jevous embrasse de tout mon cœur. Mes respects à madame Denis.

Paris, s 5 janvier 1770.

JVIon cher confrère , mon cher maître , mon cher ami, je vousprie d’en croire mon tendre attachement pour vous ; soyez sûrqu’on ne vous a pas dit vrai sur la personne qu’on a accuséeauprès de vous. Il est vrai qu’un de vos amis et des miens medit, il y a environ trois ou quatre mois, avoir entendu quelquesmorceaux d’un poème intitulé : Michaut et Michel ; mais il nem’en dit pas un seul vers, et n’ajouta absolument rien qui pûtme faire connaître ou même me faire soupçonner l’auteur. Ilest d’ailleurs trop de vos amis pour qu’il puisse jamais avoir à se