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Tome cinquième.
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AVEC VOLTAIRE. 191

reprocher la moindre imprudence à votre égard , à plus forteraison, l’ombre même de la calomnie. Personne ne vous rendjustice avec plus de connaissance, et j’ajoute avec plus de courage ;il vous en a donné des preuves publiques dans cette capitale desWelclies, où ceux même qui courent en foule à vos pièces dethéâtre n’osent encore vous donner la place que vous méritez ,et on peut dire de lui : Repertus erat qui efferret quœ omnesanima agitabant.

A cette occasion je veux vous faire part de ce que je pensaisil y a quelques jours , en lisant vos vers et en les comparant àceux de Despréaux et de Racine. Je pensais donc qu’en lisantDespréaux on conclut et on sent que ses verslui ont coûté ; qu’enlisant Racine, on le conclut sans le sentir; et qu’en vous lisant,on ne le conclut ni le sent ; et je concluais, moi, que j’aimeraismieux être vous que les deux autres.

Je n’ai point lu le plan ou prospectus des Supplémens àVEncyclopédie. L’impertinence des libraires ne m’étonne pas;j’en dirai pourtant un mot à Panckoucke; et je vous invite aussià lui faire sur ce sujet une petite correction fraternelle oumagistrale.

Je crois que l’affaire de Luneau de Boisgermain s’en ira enfumée. On voudrait bien , je crois , donner gain de cause auxlibraires, mais on [craint un peu le cri des gens de lettres , etc’est quelque chose que ce cri retienne un peu les gens en place.

Avez-vous lu un ouvrage intitulé : Dialogue sur le commercedes blés ? il excite ici une grande fermentation. Cet ouvragepourrait être de meilleur goût à certains égards, mais il meparaît plein d’esprit et de philosophie. Je voudrais seulementque l’auteur fût moins favorable au despotisme*; car , depuis lespremiers commis jusqu’aux libraires , j’ai presque autant d’aver-sion que vous pour les despotes.

Nous avons bien des confrères qui menacent ruine , l’abbéAlary, le président Renault, Paradis de Moncrif, qui serabientôt Moncrif de paradis. Ne vous avisez pas d’être leurcompagnon de voyage, vous n’êtes pas fait pour cette compa-gnie; attendez plutôt que nous partions ensemble : pour peuque vous soyez jiressé, je ne vous ferai pas attendre : j’ai desétourdissemens et un affaiblissement de tête qui m’annoncentle détraquement de la machine. Je vais essayer de vivre en bêtependant trois ou quatre mois ; car je ne connais de remède quele régime et le repos. Adieu , mon cher ami, je vous embrassede toute mon âme. Quand je me verrai prêt à mourir, je vousmanderai, si je puis , le jour que j’aurai retenu ma place aucoche.