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Tome cinquième.
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AVEC VOLTAIRE. ao3

La difficulté est d’avoir un compagnon de voyage ; car dans l’é-tat où je suis , je ne voudrais pas aller seul. Une autre difficultéencore plus grande., c’est l’argent que je n’ai pas. Beaucoup d’a-inis m’en offrent, mais je ne serais pas en état de le rendre , etje ne veux l’aumône' de personne. J’ai pris le parti d’écrire, il ya huit jours, au roi de Prusse, qui m’avait déjà offert, il y asept ans, quand j’étais chez lui, les secours nécessaires pour cevoyage que je me proposais alors de faire. J’attends sa réponse ,ainsi que celle d’un ami à qui j’ai proposé de m’accompagner,et pour lors je vous écrirai ma dernière résolution.

Jean-Jacques est un méchant fou et un plat charlatan; maisce fou et ce charlatan a des partisans zélés. C’est, sans doute,tant pis pour eux. Cependant je veux éviter, si je puis, et lesnoirceurs de Rousseau et le mal que ses partisans me pourraientfaire. Ainsi je n’aurai ni de près, ni de loin , ni en bien, ni enmal, aucune relation avec ce Diogène. Ne trouvez-vous pas bienétonnant que depuis un mois il aille tête levée dans Paris, avecun décret de prise de corps? Cela n’est peut-être jamais arrivéqu’à lui ; et cela seul prouve à quel point il est protégé.

Je vous ai déjà mandé mon sentiment sur le Sjrstime de la na-ture; non, en métaphysique, ne me paraît guère plus sage que oui;non liquet, est la seule réponse raisonnable à presque tout. D’ail-leurs, indépendamment de l’incertitude de la matière, je ne sais sion fait bien d’attaquer directement et ouvertement certains pointsauxquels il serait peut-être mieux de ne pas toucher. J’ai reçul’écrit du roi de Prusse, et je lui ai fait part de mes réflexionssur ces objets , grands ou petits ; grands, par l’idée que nous yattachons , petits par le peu d’utilité dont ils sont pour nous ,comme le prouve leur obscurité même. L’essentiel serait de sebien porter, soit en ce monde, soit en l’autre; mais hoc opus,hic lahor est. Adieu, mon cher ami; je me fais d’avance unplaisir de l’espérance de vous embrasser encore.

Paris, g auguste 1770.

Je ne perds pas un moment, mon cher et illustre ami, pourvous apprendre que je reçois à l’instant même la réponse du roide Prusse ; non-seulement il souscrira et ne refusera rien, dit-il,pour cette statue, mais la grâce qu’il y met est mille fois plusflatteuse pour vous que sa souscription même ; la manière dontil parle de vous, quoique juste, mérite, j’ose le dire, toutevotre reconnaissance ; je voudrais que celte lettre pût être gravéeau bas de votre statue; je voudrais vous envoyer copie de cette