a 36 CORRESPONDANCE
une douleur plus vive et plus pénétrante. Conservez-vous , et ai-mez toujours tuwn ex animo.
Paris , 4 auguste 1776.
J’ai lu hier à l’Académie , mon cher et illustre confrère , l’ex-cellent ouvrage que vous m’avez adressé pour elle. Elle l’a écoutéavec le plaisir que lui fait toujours ce qui vient de vous. Vos ré-flexions sur Shakespeare nous ont paru si intéressantes pour lalittérature en général, et pour la littérature française en parti-culier , si utiles surtout au maintien du bon goût, que nous som-mes persuadés que le public en entendrait la lecture avec la plusgrande satisfaction , dans la séance du 25 de ce mois , où les prixdoivent être distribués. Mais, comme nous ne pouvons disposerainsi de votre ouvrage sans votre agrément, la compagnie m’achargé de vous le demander , et je m’acquitte , avec empresse-ment, d’une commission qui m’est si agréable. Vous sentez ce-pendant, mon cher et illustre confrère, que cet écrit, dans l’étatoù il est, aurait besoin de quelques légers changemens, sinonpour être imprimé , au moins pour être lu dans une assembléepublique. Il est indispensable de taire le nom du traducteur quevous attaquez, et de mettre seulement à la place le nom généralde traducteurs ; car ils sont en effet au nombre de trois. Il seraitconvenable encore, même en ne nommant point ces traduc-teurs, de supprimer tout ce qui pourrait avoir une personna-lité offensante. Il serait nécessaire enfin de retrancher dans lescitations de Shakespeare, quelques traits un peu trop librespour être hasardés dans une pareille lecture. L’Académie désiredonc, mon cher et illustre confrère, ou que vous nous autori-siez à faire ces corrections, dans lesquelles nous mettrons à lafois toute la sobriété et toute la prudence possibles, ou, ce quiserait mieux encore , que vous fissiez vous-même ces légers chan-gemens , l’ouvrage ne pouvant que gagner de toute manière àêtre revu et corrigé par vous. J’attends incessamment votreréponse à ce sujet, et vous renouvelle , du fond de mon cœur, lesassurances bien vives du tendre et respectueux attachement aveclequel je suis, depuis tant d’années, mon cher et illustre confrère,Votre, etc.
P. S. Après vous avoir parlé au nom de l’Académie, per-mettez-moi, mon cher maître, de vous parler pour mon compte,et seulement entre vous et moi.Votre ouvrage , excellent en lui-même, me paraît plus excellent encore pour être lu dans uneassemblée publique de l’Académie, comme une réclamation, aumoins indirecte, de celte compagnie, contre le mauvais goût