AVEC VOLTAIRE. 2 3 7
qu’une certaine classe de littérateurs s’efforce d’accréditer. Jem’attends bien que vous donnerez votre consentement à cettelecture , et que vous m’écrirez une lettre honnête pour l’Acadé-mie. Vous pourriez , au lieu de grossièretés ( inlisibles publique-ment) que vous citez de .Shakespeare, y substituer quelquesautres passages ridicules et lisibles, qui ne vous manqueront pas.Vous pourriez même ajouter à votre diatribe tout ce qui peutcontribuer à la rendre piquante , quoiqu’elle le soit déjà beau-coup. Par malheur, le temps nous presse un peu; car notre as-semblée publique est d’aujourd’hui en trois semaines ; et il seraitbon que votre diatribe corrigée me parvînt avant le lundi, 19 dece mois. Pour abréger le temps , envoyez-moi, si vous voulez,vos additions, en cas que vous en ayez à faire , et je me charge-rai des retranchemens qui ne sont pas difficiles, et qui ne ferontrien perdre à l’ouvrage. Au reste , si vous consentez à la lecturepublique , comme je l’espère , il sera bon que l’ouvrage ne soitpas imprimé avant le 25 , qui sera le jour de cette lecture.
Réponse , mon cher maître , sur tous ces points , et la plusprompte qu’il sera possible. Je vous embrasse tendrement.
Paris , 20 auguste 1776.
Vos ordres seront «xécutés, mon cher et illustre maître; jevous lirai, à l’assemblée de dimanche prochain, et je vous liraide mon mieux, quoique vos ouvrages n’aient pas besoin d’êtreaidés par le lecteur. Je regarde ce jour comme un jour de bataille,oh il faut tâcher de n’ètre pas vaincus comme à Crécy et à Poi-tiers , et oh le sous-lieutenant Bertrand secondera , de ses faiblespâtes, les griffes du feld-maréchal Raton. Bertrand est seule-ment bien fâché qu’on ait été obligé de couper quelques unes deces griffes, par révérence pour les dames ; mais l’imprimeur lesrétablira , et Raton est prié de les aiguiser encore. Au reste, Ber-trand ne pense pas qu’en laissant, comme de raison , subsisterces griffes, la grave Académie puisse s’en charger, même à l’im-pression. Il vaudrait mieux imprimer l’ouvrage sans retranche-mens , en se contentant d’avertir qu’on en a retranché à la lecturepublique, par respect pour l’assemblée et pour le Louvre, ceque le divin Shakespeare prononçait si familièrement devant lareine Elisabeth. Enfin , mon cher maître , voilà la bataille enga-gée et le signal donné. Il faut que Shakespeare ou Racine de-meure sur la place. Il faut faire voir à ces tristes et insolens Ansglais, que nos gens de lettres savent mieux se battre contre euxque nos soldats et nos généraux. Malheureusement il y a, parmices gens de lettres, bien des déserteurs et des faux-frères; niais