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Tome cinquième.
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. 3 t 5

de sa haine qui reviennent à chaque page , les rendent d’autantmoins inte'ressans, qu’il en est des auteurs à peu près comme descome'diens :

Que de leurs démêlés le public n’a que faire.

Si j’avais à joindre l’exemple au conseil, et à lui rappeler lesgrands hommes qui n’ont opposé à la satire que la modération etleur gloire, je sais bien, sire, le modèle que j’aurais à lui pro-poser. Mais peut-être me répondrait-il que ce modèle est plusadmirable qu’imitable , et je ne sais pas trop ce que j’aurais à luirépondre.

Je suis avec le plus profond respect, et une reconnaissancequi ne finira qu’avec ma vie , etc.

Paris , 8 novembre 1771.

Sire, je vois, par la dernière lettre que votre majesté m’a faitl’honneur de m’écrire, qu’on n’est guère plus heureux au nordqu’au midi de notre pauvre Europe; dans la précédente lettrevotre philosophie prévoyante se moquait un peu de notre em-barras causé par nos sottises ; et j’avais pris la liberté de la com-parer à la fourmi qui se moque de la cigale ; mais en ce moment,grâce à la divine Providence qui arrange si bien toutes choses,tout est cigale, des Pyrénées à la mer Glaciale. Si je n’avais paspour cette Providence le profond respect qu’elle mérite , je pren-drais , je l’avoue en ce moment, un peu d’humeur contre elle,et je suis presque assuré que votre majesté la partagerait; carenfin, si nous avons pu en France prévoir et même empêcherune partie de la détresse où nous sommes, votre majesté n’estpas dans le même cas; cela me rappelle ce que disait un fameuxmaître à danser, nommé Marcel, à une femme son écolière,qui avait les pieds en dedans : Madame, , lui disait-il en lui mon-trant un crucifix qui était dans sa chambre, vous avez les jambesaussi mal tournées que ce crucifix-là ; il est viYii que pour lui cen’est pas sa faute. Mais laissons-lk , sire, et les cigales et les cru-cifix; votre majesté croit que pour nous tirer du bourbier, ilfaudrait crier sur la place, crédit rétabli ; il y aurait, ce mesemble, un autre mot à crier auparavant, économie ; sans celaon répondrait au premier cri, connue les marchands qui veulentde l’argent, crédit est mort. Mais il sera, je crois, encore plusdifficile de crier efficacement économie à nos déprédateurs, quede crier modération à Voltaire et de le persuader. Je ne lui écrisguère sans l’exhorter à mépriser les chenilles qu’il écrase, et à