338 CORRESPONDANCE
Ce malheur , sire, ne sera pas grand, tant qu’il plaira à l'Etresuprême, qui a jusqu’ici conserve la philosophie au milieu detant de brigands, de conserver votre majesté, dont le nom , lagloire, les argumens, les vers, sont si nécessaires à la bonnecause. Je ne sais si les commis des bureaux ouvrent les lettres :j’ai peine à croire qu’on exerce nulle part celte tyrannie contrela foi publique; mais supposé qu’ils aient pris copie des deuxépîtres de votre majesté, et qu’ils en fassent part au grand au-mônier , je doute que ce discret Flamen les fasse courir à Ver-sailles parmi les dévotes de la cour. Quant à moi, sire, je n’enferai part qu’à quelques élus, qui diront en les lisant : Tive notrechef , notre protecteur et notre modèle ! Je porte d’avance auxpieds de votre majesté tous les vœux qu’ils feront pour sa pré-cieuse conservation , et j’y joindrai tous les miens avec latendre vénération que vos bontés ont mise depuis si long-tempsdans mon cœur. C’est avec ce sentiment que je serai toute mavie, etc. ^
Paris, 17 mai 1773.
Sire, M. de Guibert, colonel commandant de la légion corse,qui aura l’honneur de présenter cette lettre à votre majesté, estl’auteur de l’Essai de Tactique que j’ai pris la liberté , moi phi-losophe indigne , d’envoyer de sa part l’année dernière à l’illustrefondateur de la tactique moderne, et que ce grand maître m’aparu honorer de son suffrage. L’auteur, après avoir mis cetteproduction militaire aux pieds du héros de notre siècle, a désiré,sire, de venir mettre sa personne aux pieds du plus grand princede l’Europe, d’être le spectateur des qualités sublimes de Fré-déric-le-Grand, et de pouvoir dire, je l’ai vu. J’ose assurervotre majesté que M. de Guibert est bien digne à tous égards delui rendre hommage, par la profonde vénération dont il est pé-nétré pour elle , par l’étendue et la variété de ses connaissances,par le désir qu’il a de les éclairer des lumières supérieures devotre majesté, enfin par les vertus que votre majesté préfère augénie même, par l’honnêteté de son caractère, la simplicité deses mœurs et la noblesse de son âme. Quoiqu’il fasse, comme ille doit, de l’étude de son métier sa principale et sa plus chèreoccupation, il a su donner aux lettres et à la philosophie, etavec le plus grand succès, tous les motnens que cette étude a pului laisser : il vient chercher dans votre personne le modèle etl’arbitre de tous les talens que la nature partage ordinairemententre plusieurs grands-hommes, et il mérite, sire, d’admirer