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Tome cinquième.
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. 33g

egalement en vous le général et l’écrivain , le monarque et le phi-losophe. Après avoir pris votre majesté pour juge de ses essaismilitaires , il oserait aussi , s’il ne craignait de lui dérober desinstans précieux, lui soumettre ses essais dans un genre biendifférent, mais où les leçons de votre majesté ne lui seraient pasmoins utiles. Il a fait une tragédie dont le sujet est le Conné-table de Bourbon, et dont il serait très-flatté que l’auteur dupoème de la Guerre voulût bien entendre la lecture. Il n’appar-tient pas , sire , à un humble et timide géomètre de prévenir lejugement que votre majesté portera de cette tragédie. Mais j’a-voue que je me serais bien mépris sur le plaisir qu’elle m’a fait,si les sentimens de grandeur et de vertu dont elle est remplie neméritaient pas à M. de Guibert votre estime et vos bontés. Unedes marques les plus flatteuses, sire, que votre majesté pût luien donner, serait de lui permettre d’être témoin de ces manœu-vres savantes qui rendent les Prussiens si célèbres et si formida-bles. J’ai lu , je ne sais où, qu’un officier de l’armée de Darius ,quelques années après la bataille d’Arbelles, se rendit à la courd’Alexandre , qu’il demanda à ce grand prince à voir manœuvrerces troupes macédoniennes qui avaient fait repentir son maîtred’avoir attaqué le leur; que le vainqueur d’Arbelles fit à l’offi-cier de Darius la réponse qu’Alexandre-le-Grand devait luifaire, venez et voyez; et que l’officier, après avoir admiré cettebelle et grande machine, dit en prenant congé du prince : J'aivu les roues et les ressorts ; mais l’art de les faire mouvoir estun secret dont le génie seul a la clef; je ne trouverai quici celuià qui la nature a donné ce secret; et malheureusement pour leroi de Perse mon maître, il ne saurait l’avoir pour général.

Je ne dois pas oublier, sire , de prévenir votre majesté queM. de Guibert, en venant auprès d’elle admirer et s’instruire,désire surtout effacer jusqu’aux plus légères traces de reprochequ’une phrase de son livre a mérité de votre part. II rend justice,avec toute l’Europe, à la valeur si généralement reconnue destroupes prussiennes, et serait d’autant plus honteux dépenserautrement, qu’il se verrait seul de son avis. Cependant il oseradire à votre majesté, dût-il courir le risque d’être contredit parelle, qu’il croit que les succès de ces braves troupes sont encoremoins dus à leur courage , qu’à la supériorité des talens qui 1 ontdirigé; il osera même ajouter, peut-être encore au risque devous déplaire, qu’il est persuadé que nos pauvres Welches, toutpauvres Welches qu’ils se sont montrés à Rosbach , auraient étévainqueurs, s’ils avaient seulement changé de général avec lesPrussiens. La géométrie, sire, qui ne se connaît pas en ma-nœuvres de guerre, mais qui se connaît en calcul, prendrait la