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Tome cinquième.
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348 CORRESPONDANCE

hommes. C’est le sentiment que vous inspirez, et avec lequel Jeserai toute ma vie, ainsi qu’avec la plus vive reconnaissance , etc.

Paris, a5 avril 1 7^4-

Sihe , ce n’est point pour votre majesté que je crains le réta-blissement des ci-devant soi-disant jésuites, comme les appelaitle feu parlement de Paris; quel mal en effet pourraient-ils faireà un prince que les Autrichiens, les Impériaux, les Français etles Suédois réunis, n’ont pu dépouiller d’un seul village ? mais jecrains , sire , que d’autres princes que vous, qui ne résisteraientpas de même à toute l’Europe , et qui ont arraché cette ciguë deleur jardin , n’aient un jour la fantaisie de vous emprunter de lagraine pour la ressemer chez eux. Je désirerais que votre ma-jesté fit un édit, pour défendre à jamais dans ses Etats l’expor-tation de la graine jésuitique , qui ne peut venir à bien que chezvous.

J’ignore si on a défendu à M. de Guibert l’exportation de sapersonne dans les Etats du Nord; mais je sais qu’il n’aura pasl’honneur de faire sa cour cette année à votre majesté, commeil le désirait et l’espérait. Il souhaitait ardemment de revoir lesmanœuvres admirables de vos troupes, il souhaitait surtout derevoir le dieu qui fait mouvoir cette belle et grande machine ,et de soumettre sa tragédie du Connétable de Bourbon au ju-gement du monarque qui réunit le génie d’Apollon à celui deMars.

M. le comte deCrillon sera plus heureux, sire ; il aura le bon-heur de revoir votre majesté, il lui dira des nouvelles de cesRusses qui devraient bien faire la paix , et de ces Suédois qui fe-ront bien de ne point faire la guerre ; mais ce qui m’intéresse in-finiment, il me dira des nouvelles de votre majesté, et lui re-nouvellera l’hommage des sentimens de respect, de reconnais-sance et d’admiration que je lui dois. Je prends la liberté derecommander de nouveau M. le comte de Crillon aux bontés devotre majesté; j’ose lui répéter que plus elle le connaîtra, pluselle l’en trouvera digne, et qu’elle le distinguera de cette hordede jeune noblesse française qui lui a donné à juste titre si mau-vaise opinion du reste.

On m’écrit que Diderot est à la Haye ; la maladie du pays lepressait de revenir en France : j’aurais fort désiré que votre ma-jesté l’eût vu et jugé, et je suis persuadé qu’il lui aurait plu,par la douce chaleur de sa conversation et par l’aménité de soncaractère.