AVEC LE ROI DE PRUSSE. 34g
Je suis chargé, sire, Je présenter à votre majesté une requêteJe la part d’un jeune homme Ju plus grand mérite, nomméM. de Villoison , que son profond savoir a fait recevoir à l’aca-démie des belles-lettres de Paris, avant l’âge de vingt ans; il està cet âge, ce que les Grotius, les Petau, les Scaliger, ont été àcinquante, mais avec plus de goût et d’esprit que ces messieurs.Il serait très-flatté d’obtenir une place d’associé étranger dansl’académie que la protection de votre majesté rend si florissante.Il vient de donner un ouvrage sur Homère, que tous les savansregardent comme un prodige de savoir et de travail, et qu’ilprendrait la liberté de présenter à votre majesté , s’il ne craignaitque le grec dont cet ouvrage est hérissé ne la fît reculer deuxpas en arrière. J’ose assurer à votre majesté que le nom de cerare jeune homme ne déparera point la liste de son académie ,et je lui demande cet honneur pour M. de Villoison.
Je ne sais si j’ai eu l’honneur de parler à votre majesté dupoème de Guillaume, qui m’a paru intéressant et bien écrit;l’auteur désire de le perfectionner par les conseils des gens delettres de France, qui pourront en effet lui être très-utiles : ilsouhaiterait en conséquence de faire le voyage de Paris; et jesuis persuadé, sire , que ce voyage serait très-avantageux pourM. Bitaubé, que son poème y gagnerait beaucoup, ainsi qued’autres ouvrages qu’il se propose de publier, et qu’il recueille-rait à Paris de nouvelles richesses littéraires dont il pourraitfaire un très-bon usage dans ses travaux pour l’Académie.
J’attends, sire , avec impatience ce dialogue édifiant de laVierge Marie, à qui votre majesté sait que j’ai toujours eu laplus grande dévotion. J’ai lu ce Taureau blanc dont votre ma-jesté me fait l’honneur de me parler, et qui m’a fait beaucouprire; le grand roi qui n’est plus bœuf, les prophètes changés enpies, et qui n’en parlent que mieux, et mille autres traits degaieté , sont inconcevables dans un homme de quatre-vingts ans,et dans l’auteur de la Henriade et d ' Alzire. Il faut dire avecTérence : Homo homini quid prœstat! ( Qu’il y a de distanceentre un homme et un autre!) Ce proverbe, sire , est plus faitpour votre majesté que pour personne. Ceux qui, comme moi ,sont dans la classe commune, ne peuvent même espérer de s’entirer par les hommages qu’ils vous rendent. C’est un sentimentqu’ils partagent avec tout le reste de leur malheureuse et chétiveespèce.
Leur consolation est d’avoir des pareils, même dans les espèces,comme l’on dit, les plus haut huppées. Ce que j’ai eu l’honneurde mander à votre majesté de la dévotion d’un certain princed’Italie à S. Antoine de Pade est très-vrai, et n’est que trop