35fi CORRESPONDANCE
vrage plein de poésie et d’imagination, et une satire très-piquanteet très-philosophique de tous les désordres dont nous autresmalheureux Welches avons été les témoins et les victimes; satirequi a d’ailleurs un mérite très-rare dans des ouvrages de cetteespèce, celui de n’exagérer rien, et de ne point passer les bornesde la justice et de la vérité. Je l’ai lue et relue , sire, avec leplus grand plaisir ; je la relirai encore; c’est à votre majesté qu’ilappartient de donner à ses pareils de si utiles leçons. Je suis ravide la bonne opinion que votre majesté paraît avoir de notre jeuneroi; il la justifie tous les jours par de nouveaux actes de justiceet de bienfaisance. Je ne l’approcherai vraisemblablement ja-mais, et sûrement je n’aurai jamais rien à lui demander, maisje fais des vœux pour sa conservation, et je ne puis m’empêcherde remarquer combien il est heureux pour l’humanité, que detoute la maison de Bourbon , les deux princes les plus dignes dutrône soient précisément les deux qui l’occupent aujourd’hui, leroi de France et le roi d’Espagne. Comme notre roi a le cœurdroit et vertueux , on ne craint pour lui ni la séduction des flat-teurs , ni celle des fripons ; on ne craint que celle des hypocritesqui pourraient prendre le masque de la vertu ; mais heureuse-ment ces hypocrites ont si maladroitement montré ce qu’ilssont par la conduite scandaleuse qu’ils ont eue dans la maladiedu feu roi, qu’on est persuadé que le jeune prince les a bienconnus, et ne tombera pas dans leurs filets. Rien n’égale l’in-dignation de toute la France contre les instituteurs qui ont élevéce monarque avec une négligence dont il se plaint lui-même. Onespère au moins qu’il ne leur donnera pas sa confiance.
Nous attendons un pape, et nous espérons qu’il ne laissera dejésuites que dans lesÉtats de votre majesté, puisqu’elle veut bienles y souffrir. Je ne suis point étonné que votre majesté ne croiepas à l’empoisonnement du pauvre pontife, elle ne pourrait gar-der un moment de si habiles apothicaires ; mais toutes les nou-velles d’Italie sont si positives et si bien circonstanciées à ce su-jet, qu’il n’est pas possible d’en douter. Votre majesté me faitl’honneur de me demander si je crois celte petite fille inspirée.Je me flatte qu’elle me connaît assez pour ne pas me soupçonnerd’ajouter foi à de pareilles inspirations ; mais ce que je crois plusvolontiers, c’est que les fripons qui lui ont fait prédire la mortdu pape, avaient d’avance pris leurs mesures ou étaient bien ré-solus de les prendre, pour que la prédiction fût vraie. Ainsi,n’en déplaise à votre majesté , je dirai toujours comme Caton?qu’il faut détruire Carthage ; mais j’ajouterai qu’à l’exceptiondes empoisonneurs, s’ils sont convaincus, il serait barbare derendre malheureux et de réduire à la misère et au désespoir les