3Ü4 CORRESPONDANCE
récompenser du cordon bleu le seul honnête homme qui ait étéparmi ses instituteurs ; il fera sans doute justice des autres, enn’écoutant point leurs conseils , s’ils s’avisaient de lui en donner.
On dit qu’on a envoyé à votre majesté le détail des cérémo-nies du sacre; elle aura été indignée sans doute de l’affectationet je pourrais dire de l’impudence avec laquelle les prêtres nefont faire au roi de sermens que pour eux. On assure qu’ils ontmieux fait encore dans cette occasion, et qu’ils ont-supprimél’endroit de la cérémonie où deux des évêques assistans deman-dent au peuple s’il reconnaît Louis XHIpour roi. Ces bons ci-toyens briseraient, s’il leur était possible , les liens les plus chersqui unissent le monarque aux sujets, l’obéissance commandéepar l’amour. Je sais bien mauvais gré à l’auteur du Système dela nature du prétendu pacte qu’il |imagine que les rois ont faitavec les prêtres pour opprimer les peuples ; si cet écrivain dange-reux eût seulement ouvert VHistoire ecclésiastique , il y auraitvu que de tout temps et en toute occasion les prêtres ont été lesplus grands ennemis des rois. Puissent tous les souverains, sire,penser comme vous sur cette engeance, qui ne connaît, commevous le dites si bien , que deux dieux, l’intérêt et l’orgueil !
Je suis bien sûr que la Pomérélie se sentira du gouvernementde votre majesté, que les lumières et la justice y régneront,et que vous rendrez ces Esquimaux plus heureux et plus éclairés.
Je prends toujours la liberté de recommander le sieur Tassartaux bontés de votre majesté , et j’espère qu’il en sera digne parson travail et par sa conduite.
C’est un spectacle bien doux pour moi, que de voir votre ma-jesté , au milieu de tant d’occupations, trouver encore du tempsà donner aux lettres ; elles en recueilleront le fruit et par vosouvrages et par votre protection ; et on pourrait frapper unemédaille où^Frédéric serait d’un côté, et Minerve de l’autre,avec ces mots : Ditat et défendit; il l’enrichit et la défend. Pourmoi, sire , je ne puis plus guère être autre chose que le témoindes succès de la philosophie ; ma santé me permet à peine un lé-ger travail ; elle commence cependant à prendre un peu plus deconsistance, et je voudrais bien qu’elle en pût prendre assezpour me permettre d’aller encore présenter à votre majesté lejuste hommage de mon profond respect, de mon admiration, etde la vive reconnaissance que je dois à ses bontés. C’est avec cessentiraens que je serai toute ma vie , etc.