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Tome cinquième.
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. 3y3

père de famille dans l’Évangile, par les estropiés et les boiteuxde la littérature. Mais elle doit se consoler, tant que Frédéric etVoltaire vivront.

Recevez, sire , avec votre bonté ordinaire, l’assurance de tousles sentimens qui sont depuis si long-temps dans mon cœur pourvotre majesté; de l’admiration profonde, de la reconnaissanceéternelle , et de la tendre vénération avec laquelle je serai toutema vie, etc.

Paris , aG avril 1776.

Sire , quoique les dernières nouvelles que votre majesté a bienvoulu me donner elle-même de sa santé et de son état aientcalmé mes inquiétudes, cependant il n’a pas tenu au public,et surtout au public de ce pays-ci, que je n’en eusse encored’assez sérieuses; mais j’ai mieux aimé en croire votre majestéque le public, et je m’en suis d’autant mieux trouvé , que lepublic a fini par où il aurait dû commencer, c’est-à-dire par setaire. Jouissez, sire, de votre santé et de votre gloire, et jouissez-en long-temps encore pour la consolation de votre fidèle Anaxa-goras. 11 en a plus que jamais besoin dans ce moment, ayantsous ses yeux le spectacle d’une ancienne amie, avec laquelleil demeure depuis douze ans , et qui dépérit d’une maladie delangueur. Cette raison, sire, sans parler de ma santé, ni dequelques affaires qui exigent ma présence, m’empêchera d’aller,comme je le désirais, mettre aux pieds de votre majeté tous lessentimens dont je suis pénétré pour elle. Ma pauvre machine estd’ailleurs si ébranlée, et par les secousses de cet hiver, et par lesaffections morales qui s’y joignent, qu’elle est hors d’état de sedéplacer. Elle se borne donc à regret aux vœux qu’elle faitpour votre majesté, ne pouvant aller les lui présenter elle-même.

Je ne sais si votre majesté est informée qu’on a imprimé dansquelques gazettes d’Allemagne , et depuis dans quelques jour-naux de France, une prétendue lettre qu’elle m’a fait l’honneurde m’écrire, selon messieurs les gazeliers, et dans laquelle lesFrançais sont vilipendés, Voltaire traité, de vieille femme , etl’académie de Berlin de bête. Ce même sot public, qui a voulusi long-temps que votre majesté fût bien malade, ne demandaitpas mieux que de croire à la réalité de cette lettre; j’ai crudevoir le désabuser, en imprimant à mon tour, dans les journaux,que messieurs les gazetiers en avaient menti. C’est à votre ma-jesté à leur répondre autrement, si elle juge qu’ils en soientdignes.