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Tome cinquième.
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AVEC LE ROI DE PRUSSE.

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Paris, i 5 août 1776.

tSiRE, mon âme et ma plume n’ont point d’expressions pourtémoigner à votre majesté la tendre et profonde reconnaissancedont m’a pénétré la lettre qu’elle a daigné m’écrire ; lettre sipleine de vérité et d’intérêt, de sentiment et de raison tout en-semble ; enfin, sire , perinettez-moi cette expression, si rempliemême d’amitié; car, pourquoi n’oserais-je employer avec ungrand roi le mot qui rend ce grand roi si cher à mon cœur? Jen’aurais pas tardé un moment à répondre à cette nouvellemarque, si touchante pour moi, des bontés dont votre majestém’honore, et à lui réitérer plus vivement que jamais l’expressiondes sentimens que je lui dois à tant de titres, si cette expressionn’avait dû entraîner malgré moi un nouvel épanchement de dou-leur , que votre majesté sans doute eût bien voulu pardonner àma situation,.mais qui peut-être aurait troublé un moment parune image affligeante la satisfaction si douce et si juste dont votremajesté vient de jouir. Toutes les nouvelles publiques ont an-noncé le voyage du grand duc de Russie à Berlin , et l’union queva contracter avec vous ce jeune princè, digne, à ce qu’on as-sure, de s’unir à vous par ses rares qualités. J’ai attendu lemoment de son départ, pour répandre encore une fois mon âmedans celle de votre majesté, et pour lui rendre surtout les plussensibles actions de grâces de cette lettre qui est si peu celle d’unroi, et qui n’en est pour moi que plus précieuse et plus chère.Votre majesté n’a pas besoin de dire qu 'elle n’a que trop éprouvépour son malheur, ce qu’on souffre en perdant ce qu’on aimait.On voit bien, sire, que vous avez éprouvé ce cruel malheur, àla manière si sensible et si vraie dont vous savez parler à uncœur affligé, et lui dire ce qui convient le mieux à sa déplo-rable situation. Tous mes amis cherchent comme vous à me con-soler, tous me disent comme vous , qu’il faut chercher à me dis-traire ; mais aucun ne sait ajouter, comme vous , ces mots sidignes d’un ami et d’un sage, que notre raison est trop faiblepour vaincre la douleur d'une blessure mortelle, qu’ilfaut don-ner quelque chose à la nature, et se dire surtout qu’à l’dge oienous sommes l’un et l’autre, nous ne tarderons guère à nous re-joindre aux objets de nos regrets. Hélas ! sire, c’est aussi le seulespoir qui me console, ou plutôt qui me fera supporter le peude jours qui me restent à vivre. Je ne désire plus de les voirprolorigés, que pour me mettre encore aux pieds de votre ma-jesté , et il faudra que ma santé soit bien mauvaise au printempsprochain, si je ne vais pas avec le plus grand empressement