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Tome cinquième.
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. 385

je ne pourrai rien substituer au plaisir que je me promettais,de passer quelques momens auprès de votre majesté , de la voirencore et de l’entendre, de philosopher avec elle, et de lui par-ler de tout ce qui l’intéresse , bien plus que de ce qui m’inté-resse moi-mème. Je ne puis cependant, sire , renoncer entière^ment à l’espoir de revoir encore votre majesté; mais je n’oseplus former des projets, ni lui faire de promesses , dans la craintede ne pouvoir encore les remplir. Comme je me flatte que je neserai pas toujours languissant et malheureux , peut-être trou-verai-je encore quelques momens de ma vie que je pourraiconsacrer à votre majesté, et ce seront à coup sur les plusagréables pour moi. Puisse la destinée m’accorder encore cettefaveur !

Votre majesté a mis le comble à toutes ses bontés pour moipar les facilités de toute espèce qu’elle a bien voulu me procu-rer pour ce voyage; je n’en abuserai jamais, quand je me trou-verais dans le cas d’en profiter ; et un de mes plus grands re-grets est de ne pouvoir en témoigner moi-même à votre ma-jesté ma tendre reconnaissance.

Je me reproche, sire , d’entretenir si long-temps de moi votremajesté, et d’une manière si triste; j’aime mieux lui parler dece qui se passe ici. Nous avons depuis quinze jours le comte deFalkenstein , dont votre majesté connaît le véritable nom. Je nel’ai point encore vu, parce que je vis fort retiré, et vraisembla-ment je ne le verrai pas, à moins qu’il ne vienne à nos acadé-mies, ce qui est encore incertain. S’il nous rend visite, je mepropose de lui lire un petit éloge de Fénelon qui pourra l’inté-resser, et à l’Académie des sciences quelques réflexions sur lathéorie de la musique. Ces deux petits morceaux sont écrits il ylong-temps ; et, tout médiocres qu’ils sont, je ne serais pas ence moment en état de les faire. Il me paraît qu’en général ceprince réussit assez bien ici, qu’on le trouve honnête , affable etcherchant à s’instruire. Il a déclaré que s’il venait aux acadé- 1 -mies, il ne voulait point de complimens, et quoique notre mé-tier soit d’en faire , nous lui obéirons. 11 va partout sans êtreannoncé , ni même attendu; nos spectacles paraissent le toucherpeu, il aime mieux voir les établissemens utiles, ou faits pourl’être. Il alla l’autre jour à l’IIôtel-Dieu , et fut saisi d’horreurde la cruauté avec laquelle les malades sont 'traités dans cettemaison, étant entassés jusqu’à six dans un même lit, le mort àcôté du mourant, et celui-là à côté d’un convalescent. Ce n’estpas que l’Ilôtel-Dieu ne soit très-riche, et en état par conséquentde faire beaucoup mieux; mais cet Hôtel-Dieu a des adminis-trateurs, et c’est en dire assez. On assure que l’empereur ira