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Tome cinquième.
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. 397

vos lettres , j’ai été du plus grand scrupule , je n’ai permis à per-sonne d’en copier une seule ligne, et je n’ai même fait lecturede vos lettres à un très-petit nombre de personnes , qu’en sup-primant tout ce qui pouvait le moins du monde compromettrevotre majesté. Voilà, sire , quelle a été ma conduite. Mais votremajesté sait que toutes les lettres, et à plus forte raison lessiennes, sont ouvertes peut-être en dix endroits depuis Berlinjusqu’à Paris; elle s’en est même plainte dans plusieurs lettresqu’elle m’a fait l’honneur de m’écrire , parce que les ouvreursde lettres avaient en effet abusé de cette licence, et rapporté ,même sans exactitude, ce que ces lettres contenaient. Ce n’estpas ma faute , sire , si cet exécrable abus existe dans presquetoute l’Europe, et je ne dois pas en être la victime. Je défie«fui que ce soit de m’accuser à cet égard , et de prouver sonaccusation.

J’espère donc, sire, que votre majesté voudra bien me croire,et rendre plus de justice à mes sentimens , à mon honnêteté età ma discrétion.

Je vous dois, sire, des remercîmens de la copie que votremajesté a bien voulu faire de quelques lignes du manuscrit deFroissart qui est à Breslau. Celte copie a été trouvée parfaite ,et telle qu’il le fallait pour les vues du nouvel éditeur.

Votre majesté a dû recevoir la lettre imprimée que j’ai écritesur la mort de la pauvre madame Geoffrin; elle m’a tendrementaimé , parce qu’elle savait par elle-même que j’étais capabled’aimer. C’était la seule amie qui me restât après celle quej’avais perdue. Me voilà seul dans l’univers, et plus à plaindreque votre majesté ne peut croire ; je n’ai pas besoin d’ajouter àmes peines le chagrin d’avoir déplu à votre majesté et de luiavoir déplu sans le mériter. Elle continuera, j’ose le croire,à me consoler par ses lettres , et ne m’enviera pas celte uniquedouceur de ma vie.

Je prends la liberté «le joindre ici le discours que j’ai pro-noncé il y a quelques jours à l’Académie Française en recevantle successeur de Gresset. Le public , sire, a accueilli ce discoursavec la plus grande indulgence, et lorsque je l’ai prononcé,et depuis même qu’il est imprimé. Mais je ne serai, sire, plei-nement satisfait de mon succès que dans le cas oh votre majestévoudrait bien honorer cette bagatelle de son suffrage. J’ai tâchéd’y caractériser , le mieux qu’il m’a été possible , les ouvrageset la personne de Gresset, et les poètes même, peu favorablesd’ailleurs à la géométrie , ne m’ont pas paru méconteus.

Je finis , sire , cette lettre déjà trop longue pour un malheu-reux proscrit comme moi, et pour un prince que je crois en ce