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Tome cinquième.
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. 409

Ces sentimens, sire, sont plus que jamais gravés au fond demon cœur, ainsique la reconnaissance éternelle , l'admirationprofonde, et la tendre vénération avec laquelle je serai jusqu’àmon dernier soupir , etc.

3 juillet 1778.

P. S. J’ai été, sire, tellement occupé deM. de Voltaire dansla lettre que je viens d’avoir l’honneur d’écrire à votre majesté ,que j’ai presque oublié de lui parler d’une autre perte qu’ellevient de faire en la personne du respectable milord Maréchal^,dont votre majesté honorait la vertu, et qui mérite bien les re-grets que vous lui donnez, par la tendre vénération qu’il avaitpour votre personne. On dit qu’il est mort avec la tranquillité laplus philosophique, et je n’en suis point surpris. Il m’honoraitde son amitié, et j’en sentais tout le prix. Je perds tous les joursquelque ami, et on n’en refait plus à mon âge. Mais votre ma-jesté vit, et sa vie me fait supporter la mienne.

J’oubliais de dire à votre majesté que M. de Voltaire, dansune des visites que lui fit son curé, lui fit donner 600 livres pourles pauvres de sa paroisse; le curé les prit, comme on dit, àbelles-baise-mains, et n’en a pas moins refusé de l’enterrer.On pourrait lui dire comme Chicaneau an portier de son juge ,qui reçoit la bourse du plaideur et lui ferme la porte, hé ! ren-dez donc l’argent. Mais l’Église est comme l’antre du lion de lafable , tout y entre et rien n’en sort.

J’oubliais encore , sire , de dire à votre majesté qu’un curéde Paris , dont on ne m’a pas appris le nom, interrogé par quel-qu’un sur la manière dont il se serait conduit, si M. de Voltaireétait mort sur sa paroisse , avait répondu : Je l’aurais fait en-terrer solennellement , et je lui aurais fait faire une épitaphe,au bas de laquelle, j’aurais mis sa profession de foi. Voilà eneffet, sire, ce qu’aurait fait un homme d’esprit, comme ce curél’est sans doute. Celle épitaphe aurait été un trophée pour l’É-glise , et pour la postérité un monument de la rétractation réelleou apparente des erreurs de M. de Voltaire. Il esf inconcevableque le curé de Saint-Sulpice et l’archevêque n’aient pas penséde la sorte, et n’aient pas vu tout l’avantage qu’ils pouvaienttirer de cette profession de foi, an lieu de s’avouer'eux-mêmesvaincus et persiflés en la regardant comme dérisoire. Mais, dieumerci, les ennemis de la raison sont aussi bêtes que fanatiques ;ils seraient trop à craindre, s’ils joignaient l’esprit au créditqu’on a la sottise de leur accorder. Ils ont pourtant eu l’esprit depersuader à la plupart des rois qu’ils sont le soutien de leurautorité, et ils ont profité avec adresse de la sottise de l’auteur

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