AVEC LE ROI DE PRUSSE. 4 11
épitre de Pope, M. de Voltaire nous étonna et nous enchantatous par sa présence d’esprit et sa mémoire, se souvenant àchaque vers français du vers correspondant de Pope, qu’il n’a-vait peut-être pas lu depuis trente années. Quoique sa tragédied’/rène ne vaille ni Z,dire ni Mahomet , elle est encore fort su-périeure à toutes les tragédies qu’on nous donne aujourd’hui.On m’a dit que votre majesté l’a fait demander à la famille,qui sans doute se fera un plaisir et un devoir de procurer cettelecture à votre majesté. Elle trouvera dans cette pièce de très-beaux vers, dignes du meilleur temps de l’auteur, quelquesbelles scènes, et un rôle de père qui est très-beau. Quand l’au-teur est tombé malade , il allait la faire imprimer , et se propo-*sait de la dédier à l’Académie.
Je demande encore une fois, sire, mille pardons à votre ma-jesté d’avoir abusé, comme j’ai fait , de sa patience et de sontemps par cette énorme lettre, ou plutôt par ce volume, elle nele lira pas, si, comme je n’en doute point, elle a quelque chosede mieux à faire; elle jettera ce bavardage au feu , si, commeje le crains, ce bavardage l’ennuie; mais j’ai mieux aimé courirle risque de l’ennuyer, que de ne pas lui donner cette faiblepreuve de mon zèle pour exécuter ses ordres , et du plaisir queje ressens à faire ce que je crois pouvoir lui être agréable. C’estdans ces dispositions que je la supplie de vouloir bien recevoircette lettre , à la fin de laquelle je prends la liberté de lui re-nouveler encore tous les sentimens de reconnaissance, d’admi-ration et de profond respect avec lesquels je serai toute mavie, etc.
J’apprends, en fermant cette lettre , qu’un très-habile artistevient de faire en terre une esquisse parfaitement ressemblantede celui que nous regrettous. Si votre majesté en voulait unmarbre, je donnerais ses ordres à cet artiste.
Paris , 16 août 1778, anniversaire de la bataille de Liguiez.
S i R F., les deux lettres du 22 et du 2.3 juillet dont votre majestém’a honoré, ne me sont parvenues qu’avant-hier, à trois se-maines de date , et je ne perds pas un moment pour répondreaux questions que votre majesté me fait l’honneur de m’adressersur le grand homme que nous avons perdu.
Je ne crois pas qu’il ait dit au maréchal de Richelieu le motplaisant qu’on lui attribue , ah ! frère Caïn, tu m’as tué. Je l’aivu très-assidûment dans le cours de sa maladie ; j’y ai trouvéplusieurs fois le maréchal, et je n’ai pas entendu ce mot.