AVEC LE ROI DE PRUSSE. 421
et surtout apostolique, en envoyer un exemplaire à cet évêquedu Puy, qu’elle a fait si bien parler. L’adresse de ce savant etéloquent prélat n’est plus au Puy , mais à "Vienne en Dauphiné,dont on refait archevêque, pour le récompenser de ses bellesécritures en faveur de ** ¥ . Le Commentaire sur Barbe-Bleuedevrait lui valoir l’archevêché de Paris , si par la grâce de Dieule siège était vacant. Mais nous avons bien l’air de conserverencore long-temps Christophe de Beaumont, pour la gloire di-vine et l’édification de l’Eglise.
Je ne finirais point, sire , sur le plaisir que m’a fait cette ex-cellente plaisanterie, si je n’avais encore à parler à votre ma-jesté du second ouvrage que j’ai reçu en même temps, de sesexcellentes lettres sur Y amour de la patrie, qui dans leur genrene méritent pas moins d’éloges que le commentaire, mais deséloges d’une espèce bien différente. C’est un traité de moralepatriotique, plein de sensibilité, d’éloquence, et d’une raisonprofonde , tel que Cicéron l’aurait pu faire. On ne peut riendire sur cette intéressante matière de plus touchant à la fois etde plus solide. Ce livre serait digne d’être mis entre les mainsde la jeunesse , pour servir de base à une excellente éducationmorale, et je ne saurais trop inviter votre majesté à faire en-trer cette lecture parmi les livres destinés à instruire les jeunesétudians de ses Etats, dans toutes les provinces et dans tous lesordres. Rien ne me paraît plus propre à faire de ces jeunes gensdes citoyens zélés et vertueux. Voilà le vrai catéchisme qu’ondevrait leur enseigner.
Je suis pourtant affligé , sire , et j’ose espérer que votre ma-jesté me permettra de lui ouvrir mon cœur à ce sujet, que dansun livre où elle recommande l’amour si juste et si naturel de lapatrie, elle paraisse avoir voulu combattre ce qu’elle appelle lesencyclopédistes. Je ne me rappelle point, sire, qu’en aucunendroit de ce vaste dictionnaire , on ait eu en même temps la sot-tise et l’audace de combattre l’amour de la patrie; il est biensûr au moins que je ne l’aurais pas souffert, tout le temps quej’ai été à la tête de cet ouvrage. Il se peut que quelque prétenduphilosophe (car bien des faquins usurpent aujourd’hi ce nom)ait imprimé , dans une brochure ignorée , des sottises absurdescontre le patriotisme; mais croyez, sire, que tous les philoso-phes vraiment dignes de ce nom désavoueraient cette brochure ,s’ils la connaissaient, ou plutôt se rendraient assez de justice pourne daigner pas même se justifier d’une imputation si injuste. Jene saurais trop, sire, le répéter à votre majesté, ce ne sontpoint les philosophes , ce sont les prêtres qui sont les vrais enne-mis de la patrie, des lois, du bon ordre, et de l’autorité légiti-