4 ao CORRESPONDANCE
littérature se remonterait, je doute qu’elle puisse de long-tempsproduire un homme aussi rare , et qui réunisse tant de talens àun si haut degré. Tant que Frédéric vivra , l’Europe pourra seconsoler d’avoir encore un grand homme. Vivez donc, sire ,jouissez long-temps de votre gloire, de l’admiration de l’Europe,et de la bénédiction de l’Allemagne.
Je suis avec la plus tendre vénération et la plus vive recon-naissance , etc.
Paris, 19 novembre 1779.
SlRF., j’ai été pendant quelques semaines dans la plus affli-geante inquiétude de ne point recevoir de lettre de votre majesté.Pourquoi 11’oserais-je pas lui avouer ce sentiment, dont le prin-cipe au moins ne saurait lui déplaire, puisqu’il n’est dicté quepar ma tendre vénération pour elle? Je savais par M. le baronde Goltz que votre majesté se portait bien , et je m’affligeais deson long silence. Ce n’est pas , sire , que je ne sache très-bienque votre majesté a beaucoup mieux à faire que de répondreaux rapsodies que je lui envoie; mais vos bontés, sire , si accu-mulées sur moi à tous égards , m’ont un peu giité, permettez-moi cette expression, et je ne puis plus me passer de recevoir aumoins de temps eu temps quelques lignes consolantes signéesFrédéric. Enfin j’ai été bien agréablement tiré de mon inquié-tude en recevant, il y a quelques jours , la charmante lettre devotre majesté en date du 7 octobre. Elle ne m’est arrivée qu’à plusde cinq semaines de date, parce que le paquet auquel elle étaitjointe n’a pas sans doute été expédié par la poste ordinaire. Jevous dois , sire, les plus vives actions de grâces, et de cette lettre,et de ce paquet précieux à tous égards, tant par les choses qu’ilcontient, que par la main respectable et chère qui m’a faitl’honneur de me l’envoyer. Je n’ai pas perdu un moment, sire,pour lire et relire les deux excèllens ouvrages que ce paquetrenfermait. Rien n’est à la fois plus piquant, plus philosophiqueet plus gai , que le Commentaire théologique et apostolique surla sacrée prophétie de Barbe-Bleue. Quand votre majesté auraitpassée sa vie à lire dom Calmet, et les absurdes scoliastes, elle nepourrait tourner plus finement et plus utilement pour la raisontant de sottises en ridicule. Je suis vraiment affligé que celteexcellente plaisanterie philosophique ne soit pas plus répandueà Paris, pour couvrir nos illuminés et nos fanatiques de toutel’ignominie dont ils sont dignes. Je me promets bien au moinsde la communiquer à tous nos sages , et à ceux même qui ne lesont pas. Votre majesté devrait bien, par charité chrétienne,
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