43o CORRESPONDANCE
majesté, pour réunir dans le frontispice les deux noms les plusillustres de notre siècle.
Je suis avec le plus profond et le plus tendre respect, etc.
Parh, 24 juillet 1580.
Sire , quelque désolé que je sois de ne pouvoir aller mettreaux, pieds de votre majesté tous les sentimens dont je suis péné-tré pour elle , la lettre dont elle vient de m’honorer a augmen-té , s’il est possible, l’affliction profonde que j’en ressens. Ledétail plein de bonté où votre majesté veut bien entrer sur monétat, excite en moi la plus vive et la plus juste reconnaissance.Elle me propose le remède anglais , que je prendrais bien volon-tiers , malgré la guerre que cette nation nous fait, si je croyaisque ce remède pût me convenir; mais outre qu’il est, dit-on ,fort contraire à l’estomac , et que l’estomac , dans ma frêlemachine, ne vaut guère mieux que la vessie, il me paraît au-jourd’hui bien assuré , d’après des consultations que j’ai faites ,que mon mal n’est point la pierre ; que c’est un genre de calcultout différent, qui tient à la chaleur de mon sang, et surtoutà celle de la saison, qui diminue quand le temps se refroidit,qui même pendant l’hiver est presque nul, qui augmente quandle temps se réchauffe, etsurtout quand mes reins sont réchauffés,et dont le vrai remède sont les bains, les alimens rafraîchis-sans, le repos, et la précaution de ne pas aller trop long-tempsen voiture. Je joins à cela, à mon grand regret, la privationpresque entière de travail, et j’en suis d’autant plus affligé, quen’ayant plus ici aucun objet de liaison , d’intérêt et de société ,depuis la perte que j’ai faite il y a quatre ans, le travail etl’étude sont à peu près la seule ressource dont je puis user.Aussi je commence pour mon malheur à connaître l’ennui, quej’avais ignoré jusqu’à ce moment; et cette situation, jointe àplusieurs sujets de désagrément que j’éprouve dans ma tristepatrie , me ferait désirer plus que jamais le mouvement et ladistraction dont je suis forcé de me priver , grâce à mes reins.Si j’ai,jamais désiré, sire, d’aller passer quelques momens au-près de vous, c’est assurément aujourd’hui, sans les malheu-reuses raisons qui m’en empêchent; et comme aucun motifd’affection ni de plaisir ne me retient ici, votre majesté peutêtre bien sûre que je ne lui ferais pas un grand sacrifice en meprivant pour quelques mois de l’eau bourbeuse de la Seine, denos tristes promenades et de nos très-médiocres spectacles. Maispuisqu’Esculape et la destinée ne le veulent pas , il faut me