AVEC LE ROI DE PRUSSE. 43r
soumettre à mon triste tort. Si ma tendre vénération pour votremajesté en est très-affligée, mon amour-propre s’en consolepeut-être un peu , par la crainte que j’aurais de paraître à votremajesté fort au-dessous de ce qu’elle m’a vu il y a dix-sept ans,quoiqu’à dire vrai, je ne sois pas tombé de bien iiaut; mais jeme sens déchu, et tout prêt à déclieoir encore.
J’ennuie trop long-temps votre majesté de ce détail, et j’aimemieux lui parler du plaisir que m’a fait le service de Yoltaire :tous les gens qui aiment et qui révèrent ici sa mémoire, c’est-à-dire, tout Paris, à l’exception peut-être de l’assemblée duclergé, ont été enchantés du détail qu’on leur a fait de cette pieuseet auguste cérémonie. Nous sommes bien sûrs à présent que Yol-taire a pour le moins un pied en Paradis. Il ne manquerait plus,sire , aux honneurs de toute espèce que votre majesté lui a faitrendre, que de lui élever dans l’église de Berlin un monumentoù il serait représenté se prosternant devant le Père éternel, etfoulant aux pieds le fanatisme. L’épîgramme serait excellente,et le sculpteur Tassart pourrait exécuter cette idée sous les yeuxet d’après les vues de votre majesté. Ou travaille actuellementau buste de ce grand homme à la française , tel que votre ma-jesté le désire, et j’espère qu’il sera prêt dans deux mois au plustard.
Je joins ici une pièce de vers qu’un poêle flamand peu connu,mais admirateur zélé de cet illustre écrivain , m’a prié de faireparvenir à votre majesté. C’est un hommage que ce poète a crudevoir faire à votre majesté de ses regrets sur la perte d’ungrand homme qu’elle a honoré de ses bontés de son vivant, etde ses éloges après sa mort.
M. de Catt remettra à votre majesté un nouveau mémoire etdes certificats authentiques en faveur du pauvre curé de Neu-châtel, persécuté par son évêque fanatique. Votre majesté vou-dra bien se faire rendre compte de ce détail, et faire obtenirjustice à ce pauvre diable de prêtre, qui l’attend et la lui de-mande depuis long-temps. #
Puisse le destin qui afflige mes jours , prolonger à mes dé-pens ceux de votre majesté , et lui donner pour long-tempsencore la santé, la gloire et le repos ! Ilélas ! notre pauvreFrance aurait bien besoin du dernier, après cette misérable etplate guerre, qui n’a pas l’air de finir sitôt.
Je suis avec la plus vive reconnaissance et la plus tendrevénération , etc.