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Tome cinquième.
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44° CORRESPONDANCE

profondément touché de l’état de votre majesté, plus je suistendrement reconnaissant de la bonté avec laquelle elle veutbien me parler à ce sujet, en m’assurant que cette mauditegoutte ne me privera pas de ses lettres. Elles me sont, sire ,plus nécessaires que jamais ; elles font toute ma consolation £traniment l’insipidité de ma vie , devenue presque nulle parl’état de ma santé, qui m’interdit presque absolument touttravail, si je veux conserver Je peu qui m’en reste.

Mais j’aime bien mieux parler à votre majesté d’elle que demoi ; et après lui avoir fait mon compliment dans ma dernièrelettre sur l’éloge si éloquent et si court qu’elle m’a écrit de l’impé-ratrice-reine, je prendrai laliberté de la féliciter dans cette lettresur un autre objet, sur l’excellente réponse qu’elle vient de faireà la requête des ministres luthériens de Berlin ,au sujet des inno-vations du catéchisme et des cantiques. Si d’un côté l’importanceque ces prêtres mettaient à l’objet de leur requête est amusantepar le ridicule, la réponse de votre majesté est dictée par la sagessemême, armée de la plus fine et de la meilleure plaisanterie.

« Mon intention est que chacun de mes sujets puisse s’arranger» dans son culte comme il jugera à propos, et que tous sans» exception soient les maîtres de chanter et de croire ce qu’ils» voudront, et comme ils voudront. » Ah ! sire , que Voltaireaurait ri, s’il avait lu cette charmante réponse ! quel usageexcellent il en aurait fait dans le premier pamphlet qu’il eûtimprimé, soit en vers, soit en prose .* que ces expressions,s’arranger dans son culte, chanter et croire ce qu’ils voudront,sont heureuses et de bon goût ! qu’elles sont dignes de servir demodèles aux souverains, que les théologiens veulent mêler dansleurs querelles , et qui pour l’ordinaire s’y mêlent avec unefacilité si avilissante pour eux et si funeste à leurs peuples !J’ose assurer votre majesté que ces mots si précieux à la raisonont fait ici autant de fortune que son bel éloge de l’impéralricc-reine , et qu’ils sont en ce moment répétés avec de grands éclatsde rire par tous ceux qui pensent , et qui , à l’exemple de votremajesté , méprisent toutes les superstitions humaines et toutesles billevesées théologiques. Puisse la destinée et la goutte vouspermettre , sire , de donner encore long-temps un pareil exempleaux rois , qui pour la plupart en ont si grand besoin , une sidouce consolation à la raison et au bon sens , et une si eilicacemarque de mépris à l’absurde et atroce fanatisme !

Tout ce que votre majesté me fait l’honneur de me mandersur l’état actuel de la littérature allemande, est plein de goûtet de lumières. Je souhaite et j’espère que les réformes propo-sées et ordonnées par votre majesté auront un succès digne du