AVEC LE ROI DE PRUSSE. 4«3
recommandé la tolérance aux souverains, on peut bien direxjti’elle leur a prêché d’exemple, surtout et plus que jamaisdans cette conjoncture. Mais l’Église romaine n’en sera pasmoins persécutrice et intolérante quand elle pourra l’être. Voilànos prêtres qui viennent de présenter une requête au roi contreles souscripteurs de la nouvelle édition qu’on prépare de Vol-taire ; cette requête est bien adressée , car le roi est un des sous-cripteurs. On ne sait si l’on doit rire, ou être indigné de celteplate sottise.
L’ouvrage de l’abbé Raynal , fut-il aussi bon qu’il peut l’être ,sur la révocation de l’édit de Nantes, viendra trop tard pour laFrance. Elle ne recouvrerait pas, quand elle le \oudrait, toutce qu’elle a perdu par cette absurde et funeste révocation ; jecrains bien même que cet ouvrage ne lui épargne pas de nou-velles sottises eu ce genre, si l’occasion se présente d’en fairequelques-unes ; car corrige-t-on les hommes, et surtout les na-tions , avec des livres ?
Je crois bien, sire, qu’on fait chez vous des banqueroutescomme ailleurs; mais on n’en fait pas d’aussi monstrueuses,d’aussi atroces, d’aussi impudentes, d’aussi scHVidaleuses quecelle du prince, qu’on n’appelle plus ici Rohan-Guémené,mais**-***. Je le répète, sire, tonte la France crie qu’il auraitété puni chez vous exemplairement; il ne l’est ici que par la pertede ses places, qu’il était impossible de lui laisser. Mille famillespeut-être sont à l’auinone par cette banqueroute, qu’on faitmonter à près de quarante millions, tant en France qu’en paysétranger ; elles crient en vain, le crédit du ** et des siens estplus fort que leurs cris.
Nous allons, sire, entrer dans une nouvelle année, qui est laquarante-troisième de votre glorieux règne , et la trente-sep-tième des bontés dont votre majesté m’honore. Puissent vossujets, sire, conserver encore quarante années un pareil mo-narque, et puissent vos bontés me consoler encore, non pasquarante ans, mais jusqu’à la fin de ma vie! Puissiez-vous jouirencore long-temps de la gloire que vous avez acquise, et du re-pos que vous avez si bien acheté !
Je suis avec la plus tendre vénération , etc.
P. S. Un homme de lettres estimable, M. de Villars, meprie de présenter à votre majesté cette lettre, et le prospectusd’un journal qu’il se propose d’imprimer , sire , dans vos États àNeufchâtel ; il demande la protection de votre majesté , et tâ-chera de s’en rendre digne.