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CORRESPONDANCE
Paris, i(î février 1783.
Sire , ma santé n’est, depuis plus de trois mois, qu’une alter-native continuelle de souflrances plus ou moins longues, maistoujours très-vives, et de quelques jours de repos. Je profite,sire, avec ardeur, d’un de ces derniers momens pour mettreaux pieds de votre majesté les sentimens que je lui dois à tantde titres, et surtout pour lui témoigner ma vive reconnaissancedes lettres si consolantes qu’elle a la bonté de m’écrire. C’est lemeilleur baume que je puisse mettre sur mes douleurs, et leseul adoucissement à ma triste existence. La douleur d’une part,et de l’autre l’afiaissement et l’abattement qui la suit, ne mepermettent plus de prendre intérêt à rien, qu’au bonheur devotre majesté, à sa conservation et aux bonnes nouvelles queM. le baron de Goltz me donne de sa santé. Puissé-je enfin,quoique je ne m’en flatte guère, faire la paix avec ma vessie ,comme nous venons de la faire avec l’Angleterre, qui en avait,je crois , autant de besoin que nous pour le moins'. Nous voilàdonc en paix, jusqu’à ce que quelque sottise politique , de quel-que part qu’elle vienne, ramène la discorde. Les Espagnols doi-vent être bien heureux de recouvrer Malion et les deux Florides,après la manière ridicule et plate dont ils se sont comportés.Leur ineptie en tout genre ne les empêche pas de donner la loipartout, jusque sur notre Théâtre-Français , où l’ambassadeurd’Espagne empêche dans ce moment de jouer une tragédie quia pour sujet la mort de don Carlos. Vous n’auriez pas cru, sire,qu’il dût un jour être défendu de peindre sur le théâtre deFrance , le plus cruel et le plus abominable ennemi des Français,l’exécrable Philippe II ; mais cette persécution qu’éprouvent leslettres, est la suite de l’horrible inquisition à laquelle on les asoumises. Par bonheur ou par malheur pour moi, ma vessie,qui est aujourd’hui mon premier intérêt, m’empêche d’être in-digné ni même affligé de toutes ces vexations qui ne vont pasjusqu’à moi, quoique j’aie dans mes porte-feuilles bien desrap-sodies à donner, quand il plaira à Dieu de me faire pisser sansdouleur.
On nous menace toujours de trouilles du côté de la Turquie.Puissent ces troubles, sire, ne pas venir jusqu’à nous! Puissent-ils aussi, ce qui est malheureusement plus difficile encore, nepas vous intéresser assez pour troubler la paix dont vous jouissezavec tant de gloire !
Nous attendons avec impatience la nouvelle édition de Vol-taire , qui paraîtra, à ce qu’on assure, dans le courant de cette