ÉCRITS ET LETTRES DE JACQUELINE. III. 1652 A 1661. 149
«Vous vous trompez, ma ülle, me dit-elle; il n’y a 'rien qui touche plus ni qui soit plus outrageant quel'amitié blessée 1 . Vous en avez eu une véritable pour eux,et vous voyez que la leur n’a pas été pareille ; car encorequ’il soit vrai qu’ils vous aiment beaucoup, voyez-vous,ils sont encore du monde, et toutes les grâces particu-lières que Dieu leur a faites en leur donnant plus delumières dans les choses de Dieu qu’à beaucoup d’autres,n’empêchent pas qu’on n’agisse au monde comme aumonde, c’est-à-dire que le propre intérêt marche tou-jours le premier; et c’est de cela que vous êtes choquéesans y penser. Il est vrai que vous n’avez pas fait demême; mais c’est aussi que vous n’étiez plus du monde,encore que vous n’en fussiez pas sortie ; et pour preuveque c’est plus vous-mème que vous regardez là-dedansque l’injustice que la maison souffre , comme vous pen-sez, c’est que vous n’êtes pas émue de la môme sorte detoutes celles qu’on nous fait. Je sais pourtant bien quec’est ce qui vous touche le plus, mais d’une manière quivous regarde ; car l’amour-propre se mêle partout. »
Sur cela elle eut la bonté de me raconter fort en détailplusieurs histoires de même nature, sans néanmoins faireconnoître les personnes : ce qu’elle me dit, je crois, autantpour me donner cette espèce de consolation qui se ren-contre dans la société de plusieurs affligés, que pour mefaire reconnoître qu’on ne prend jamais si à cœur l’intérêtde la justice lorsqu’on n’a nul intérêt à l’injustice qui secommet, que lorsqu’on y a quelque part. Après avoir tiréde moi cet aveu, elle ajouta de la plénitude de son cœurce qui suit :
1 A. i< II ny a rien d’outrageant ny à'affligeant comme l’amitiéblessée, et principalement à une personne gui est tendre commevous ; car vous en aves eu une v.... »