Band 
Tome II.
Seite
150
JPEG-Download
 

150

JACQUELINE PASCAL.

« C’est une des raisons qui me fait avoir une grandejoie que cela soit arrivé, mais je dis une joie sensible etvéritable, et je ne voudrois pas, pour le double du bienque vous aviez, que vous n’eussiez eu cette épreuve avantvotre profession, car vous n’aviez pas été assez éprouvéependant votre noviciat. Voyez-vous, ma sœur, vous avezrenoncé au monde avec beaucoup de facilité, parce queDieu vous avoit fait la grâce de reconnoître la vanité et lepeu de solidité de tous les divertissemens et de tous lesamusemens du monde qui charment les autres filles et lesravissent. Vous n’en êtes pas meilleure pour cela ; car c’estDieu qui vous en a fait 1a. grâce, quoique vous en fussiezindigne. 11 est certain que vous en étiez fort détachée :mais il vous restoit encore deux choses dont il falloit vousdépouiller, et vous n’y pensiez point. L’une est qu’encoreque selon le monde vous n’eussiez pas de grands biens,néanmoins pour la religion on peut dire que vous en aviezabondamment, parce qu’il ne faut presque rien au prixde ce qu’il faut dans le monde. L’autre, c’est que la prin-cipale richesse de votre maison , c’étoit l’amitié et l’unionsi étroite qui rendoient toutes choses communes entrevous, et dans lesquelles vous vous reposiez sans y penser.Dieu vous a voulu dépouiller de l’une et de l’autre, pourvous rendre vraiment pauvre de toutes façons, et plus en-core de l’amitié que du bien ; car vous étiez prête à le quit-ter entièrement, et vous avez fait quelques aumônes quipeuvent suppléer en quelque sorte à celle que vous dési-riez faire à la maison. C’est pourquoi vous devez être satis-faite de ce côté-là; et votre dénuement n’en est pas moinsgrand, quoique la chose n’aille.pas suivant votre inten-tion. Mais vous ne songiez point à vous défaire de cetteaffection et de cette estime que vous aviez pour vos pro-ches, parce qu’il ne vous y paroissoit rien que d’innocent :