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Tome II.
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JACQUELINE PASCAL.

propre intérêt qu’on ne considère que cela, et que, s’il ya quelque charité à faire, on aime toujours mieux qu’ellese fasse par ses mains que par celles des autres, encore quecela ne soit point ordinaire. Car, croyez-moi, les gens dumonde ne sont guères portés à faire la charité, parce qu’ilsne savent ce que c’est que nécessité ; ils ne l’éprouventjamais, car ils ne se laissent manquer de rien. C’est pour-quoi si j’eusse été ici, et que vous m’eussiez parlé de toutcela avant que de faire cette proposition à vos proches, jevous aurais prédit à point nommé tout ce que vous voyez;car j’en ai vu de toute manière

« Voyez-vous, ma sœur, quand une personne est hors dumonde, on considère tous les plaisirs qu’on lui fait commeune chose perdue. Il n'y avoil que deux motifs qui leurpussent faire agréer votre dessein , ou la charité en entrantdans vos sentimens, ou l’amitié en voulant vous obliger.Or vous saviez bien que celui qui a le plus d’intérêt àcelte affaire est encore trop du monde, et même dans lavanité et les amusements, pour préférer les aumônes quevous vouliez faire à sa commodité particulière ; et decroire qu’il aurait assez d’amitié pour le faire à votre con-sidération, c’étoit espérer une chose inouie et impossible.Cela ne se pouvoit faire sans miracle; je dis un miracle denature et d’affection; car il n’y avoil pas lieu d’attendreun miracle de grâce en une personne comme lui 2 ; et voussavez bien qu’il ne faut jamais s’attendre aux miracles. »

Je ne pus m’empêcher d’interrompre notre chère mère,pour lui dire qu’encore que j’eusse fait cette réllexion, je

1 Ce paragraphe, ainsi que la fin du précédent, est bien pluscourt dans le manuscrit A.

Tout cet endroit prouve combien Pascal passait alors pour livréau monde. C’est le temps où a été écrit le fragment sur l’amour.Voyez le volume précédent, p. 467.