ÉCRITS ET LETTRES DE JACQUELINE. III. 1652 A 1661. 151
el en effet, tout cela étoit eu soi fort permis et fort légitime.Cependant vous voyez que Dieu demande en vous plus1 de détachement, et c’est pour cela qu’il a voulu vous faireconnoître quels sentiments ils ont pour vous; c’est pour-quoi je ne puis me lasser de vous dire que j’ai une grandejoie de ce qui est arrivé ; car ils n’eussent pas laissé d’êtretoujours dans les mêmes dispositions à votre égard, maisvous n’en eussiez rien su, et vous vous fussiez toujoursHattée dans la pensée qu’ils étoient pour vous comme vouspour eux ; et en effet il y avoit tout lieu de le penser. Maiscroyez-moi, cela est bien rare; car les personnes qui sedonnent à Dieu font toutes choses dans la vue de Dieu ,avec franchise et sincérité, sans mélange d’intérêt; maisceux qui sont encore du monde ne peuvent s’empêcherd’avoir toujours quelques vues humaines dans les chosesmême les plus saintes; et au lieu que les uns traitent leschoses séculières par l’esprit de Dieu, les autres traitentles choses de Dieu par l’esprit du siècle. Il ne faut pasi s’en étonner. Il n’est presque pas possible de faire autre-■ ment tant qu’on vit dans le monde, si ce n’est par unegrâce de Dieu très-particulière, parce que tous ceux avecqui on converse en font autant, et que personne ne con-: seille ni ne juge des choses que selon l’esprit du monde etj par la raison humaine, de sorte qu’on ne sait pas mêmeregarder les choses en la vue de Dieu.
« Ce que je dis peut passer pour une simplicité. Maisjugez vous-même s’il n’est pas vrai que tout le monde di-rait qu’une personne serait bien bête, si elle ne faisoit pas! tout son possible pour conserver le droit qu’elle a de pré-tendre à une succession, et qu’elle en laissât disposer eni faveur de quelqu’autre. Je vous dis qu’il est très rare d’en1 trouver qui ne soient pas dans ce sentiment-là, quelque! piété qu’ils aient. Car on est tellement prévenu de son