ÉCRITS ET LETTRES DE JACQUELINE. III. 1652 A 1661. 329
d’après Marguerite Périer, le Recueil d’Utrecht et le Nécro-loye de Port-Royal, qu’il y eut plusieurs assemblées desprincipaux du parti pour délibérer sur la conduite à tenir,et que divers mémoires furent composés, les uns de lamain de Pascal et de Domat contre toute signature .incom-patible avec la sincérité chrétienne et avec la vérité, lesantres do Nicole et d’Arnauld en faveur d’une signatureavec explication. Dans une dernière conférence, qui setint chez Pascal, la majorité des assistants, entraînée parl’autorité'de Nicole et d’Arnauld, se prononça pour lasignature. « Coque voyant, dit le Recueil d’Utreeht d’aprèsmademoiselle Périer, M. Pascal, qui aimoit la vérité par-,dessus toutes choses, et qui, malgré sa foiblesse, avoitparlé très-vivement pour mieux faire sentir ce qu’il sentaitlui-même, en fut si pénétré de douleur qu’il se trouva malet perdit la parole et la connoissanee. Tout le monde enfut surpris et s’empressa pour le faire revenir. Ensuite cesmessieurs se retirèrent, et il ne resta que M. de Roanne/,M. Domat et M. Périer le üls. Quand M. Pascal fut tout àfait remis, madame Périer lui ayant demandé ce qui avoitcausé son accident : « Quand j’ai vu toutes ces personnes-là, lui dit-il, que je regarde comme ceux à qui Dieu a faitconnoître la vérité et qui doivent en être les défenseurs,s’ébranler, je vous avoue que j’ai été si saisi de douleurque je n’ai pu la soutenir, et il a fallu succomber. »
Jacqueline Pascal fit paraître en cette rencontre le mêmecaractère de conséquence passionnée et la même intrépiditéque son frère; et en général les femmes de Port-Royalse montrèrent plus décidées et plus courageuses que leshommes. La sœur d’Arnauld, la mère Angélique, accabléed’ans et d’infirmités, soutint le courage de la communautééplorée 1 : « Quoi! dit-elle, je crois que l’on pleure ici?
' Mémoires pour servir à l'histoire de Pnrt-Rnyal, t. Il, p. t?8,