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LIVRE PREMIER.
qu’elle s’étend et s’affermit : nous n’avons pascette façon de voir.
Ceux-là pensent aussi que la liberté est le ré-gime le plus aisé à conquérir, qu’il s’agit simple-ment de descendre dans la rue, de mettre endéroute la force publique et de crier : Vive laliberté ! Ils sont tout prêts à prendre la libertépour une émeute. Nous, qui la révérons, nousen avons une tout autre idée.
Ils imaginent encore que rien n’est plus facileque de la conserver; qu’il suffit, pour resterlibres, de le vouloir; que, s’il y a lutte, toutconsiste à être les plus forts; qu’en ayant poursoi le nombre, on possède la liberté la plus solidede la terre. Ce sont, à notre sens, autant d’héré-sies grossières et fatales.
Suivant eux, renverser de fond en comble lesinstitutions de la patrie ; tenir à fleur de terre tousles pouvoirs ; saper principalement les puissancesmorales ; avoir en dédain les souvenirs et lescroyances, niveler tous les rangs, encourager dansle citoyen la désobéissance au magistrat, dans lesoldat le mépris du capitaine, dans l’avocat ou l’ac-cusé l’insulte au juge, dans le pauvre la haine duriche, dans le fils la dérision des opinions et desvolontés du père, dans les masses la jalousie contreles supériorités et la colère contre les illustrations;extirper enfin du cœur des peuples tout sentimentde respect, énerver dans leur sein toute notion