LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE. 1 33
malheurs, qui eussent attaqué sa suprématie dansle sentiment public, toujours contraire en Franceaux pouvoirs régnants, avec toutes les armes. Lesfeux croisés de l’esprit républicain et de l’espritroyaliste l’auraient criblée. L’empereur même n’yaurait pas tenu ; il ne serait resté que le grandhomme; alors tout croulait.
La longue guerre de l’Angleterre et de l’empirene fut pas seulement, comme on l’a dit beaucoup,une autre guerre de Rome et de Carthage, unerivalité de la puissance territoriale et de la puis-sance industrielle, un effort du sceptre du conti-nent pour briser, comme on parlait alors, le tri-dent des mers. Napoléon, vraisemblablement,portait plus loin sa pensée : c’était contre la tri-bune anglaise qu’il avait médité la descente ;c’était contre la presse anglaise qu’il avait fulminéles décrets de Milan et de Berlin ; c’était la libertéque ses manifestes nommaient le génie du mal, etil avait raison. Il ne restait de liberté dans lemonde que sous les voûtes de Westminster et surle rocher de Cadix : il s’y brisa.
La chute de Napoléon était la suite nécessairede sa mission immense et fatale. Il ne pouvaitdompter l’anarchie qu’à l’aide du pouvoir absolu;car Dieu n’aurait pas réglé le chaos, si le chaosavait été libre. La condition du pouvoir absoluétait de donner à la France la perpétuelle distrac-tion de la gloire, la perpétuelle indemnité de la