322
LIVRE QUATRIÈME.
aménité d’un homme qui aurait soupe, la veille,chez la reine Marie-Antoinette; portant dansl’étude et la poursuite des révolutions la confiancelégère des cours, et oubliant trop, par habitudede grand seigneur, de tenir compte, dans sesplans d’insurrection armée en Pologne, en Alle-magne, en Suisse, en Savoye, en Italie, du sangdes peuples et de la paix du monde; plus géné-reux, du reste, que son parti tout entier, voulantpour son parti la victoire, en souhaitant du fondde l’âme qu’elle fût douce et agréable à l’univers;ayant dans ses opinions une foi qui sert d’excuseaux écarts par sa sincérité, mais ne s’apercevantpas d’une bien simple vérité, c’est qu’il ne seraitpas plus facile d’arrêter la révolution aujourd’huiqu’il y a quarante ans, et que vouloir faire rétro-grader la France vers un âge d’or placé en l’an degrâce 1791 sans lui laisser redescendre le coursdu temps jusqu’aux années terribles qui sui-virent, est une entreprise non-seulement surhu-maine, ce qui est un inconvénient, mais fausse,mauvaise, égoïste, ce qui est un tort. Egoïste, di-sons-nous : car c’est nourrir la prétention de ra-mener le monde à des temps qui risquent fort dene nous sembler enchantés, s’il faut en croire l’au-teur des Lettres persanes , que parce qu’on avaitdes succès alors et qu’on n’avait pas la goutte.
L’ancien régime de 1791 est aussi de l’ancienrégime; il y a également violence à vouloir l’im-