Buch 
Vingt mois ou la révolution et le parti révolutionnaire / par N.A. de Salvandy
Entstehung
Seite
338
JPEG-Download
 

338

LIVRE QUATRIÈME.

moins on les distingue des bandes qu’ils condui-sent. C’est le propre des chefs de tout parti, de sescandaliser que, dans ses rangs, on voie autre chosequ’eux-mêmes. C’est leur prétention constante,qu’on juge de la faction par eux , et non pas d’euxpar la faction. En même temps qu’ils repoussentavec hauteur la responsabilité de ses méfaits dechaque jour, ils veulent être acceptés comme desgarants contre ses entraînements du lendemain.De ce qu’ils en sont la gloire, ils croient en êtrel’âme et la pensée. lisse prennent pour le partitout entier : illusion fatale contre laquelle criel’histoire de l’univers ! C’est le dragon reniant saqueue. Mais le monstre ne fait qu’un : on ne peutle scinder pour leur complaire. L’expérience dessiècles nous apprend en effet qu’il ne faut pas re-garder le front des camps politiques, mais percerles avant-gardes , arriver aux dernières lignes ,pour savoir tout ce qu’ils renferment, pour pres-sentir tout ce qu’ils préparent. Là bouillonnent lesopinions qui constituent le fond du système et ensont le lien ; là s’agitent des hommes obscurs, en-core méprisés de tout ce qui marche avec eux,mais destinés à un grand avenir. Une fois qu’on semet en marche, le premier rang tombe, puis lesecond, puis enfin le pouvoir arrive a ces dé-clamateurs jeunes ou dédaignés, qu’on appelaitnaguère insignifiants, étourdis, médiocres, com-promettants , et qui ont un moyen de se grandir,c’est de mettre le pied sur le billot.