LES PRÉCIEUSES RIDICULES.
IFS
de plus marchand que ce procédé ; et j’ai mal au cœur de laseule vision que cela me fait.
CORGIBl'S.
Quel diable de jargon entends-je ici? Voici bien du hautstyle.
CATIIOS.
En effet, mon oncle, ma cousine donne dans le vrai dela chose. Le moyen de bien recevoir des gens qui sont tout àfait incongrus en galanterie! Je m'en vais gager qu'ils n'ontjamais vu la carte de Tendre, et que Billets-doux, Petits-soins, Iîillets-galants et Jolis-vers sont des terres incon-nues pour eux (1). Ne voyez-vous pas que toute leur personnemarque cela, et qu'ils n'ont point cet air qui donne d'abordbonne opinion des gens? Venir en visite amoureuse avecune jambe tout unie, un chapeau désarmé de plumes , unetêle irrégulière en cheveux, et un habit qui souffre uneindigence de rubans; mon Dieu, quels amants sont-ee là*.Quelle frugalité d’ajustements, et quelle sécheresse de con-versation ! On n’y dure point, on n’y tient pas. J'ai remar-qué encore que leurs rabats (2) ne sont pas de la bonnefaiseuse, et qu'il s’en faut plus d’un grand demi-pied queleurs hauts-de-cbausses ne soient assez larges.
GOUGIBUS.
Je pense qu’elles sont folles toutes deux, et je ne puis riencomprendre à ce baragouin. Cathos, et vous, Madelon...
JIADELON.
Eh! 3e grâce, mon père, défaites-vous de ces noms étran-ges et nous appelez autrement.
GOHG1BCS.
Comment, ces noms étranges ? Ne sont-ce pas vos nomsde baptême?
HADELON.
Mon Dieu, que vous êtes vulgaire ! Pour moi, un de mesétonnements, c’est que vous ayez pu faire une tille si spiri-tuelle que moi. A-t-on jamais parlé, dans le beau style, de
(1) Lft carte de Tendre est une fiction allégorique du roman de Clélie. Onvoit sur cette carte un fleuve d’inclination , une mer à’Inimitié } un lac d'in-différence et une multitude d’autres inventions de ce genre. Pour parvenir àla ville do Tendre, il fallait assiéger le village de Billets-fjalants, forcer lehameau de Billets-doux , et s’emparer ensuite dn château de Petits-soins: ( Voy.Clélie, tome I.)
(2) Anciennement le rabat n’était autre chose que le col de la chemise rabattu en dehors sur le vêtement, et c’est de là qu’il a pris son nom.